journal d'août 2008
Hier soir, Cognac day avec un court feu d’artifice aphoristique que j’ai compilé sur mon carnet (le cognac aide à penser mais il ne sait pas écrire).
Extrait : Je cherche dans mon cerveau une oasis de clarté. Et je ne trouve que de sombres prairies.
Ecrit il y a quelques jours une chanson avec l’aide du journal de Catherine Pozzi : « la femme invisible » que je chanterai certainement en rappel lors de mes concerts de septembre – octobre. Si vous venez au concert, il faudra donc me rappeler.
Cette phrase de Catherine Pozzi à Paul Valéry : « J’ai peur de vos bras qui tout de suite ont la forme de mon âme. »
J’aime son écriture et sa fougue sexuelle (je me comprends).
Aujourd’hui, j’ai découvert les photographies de Miroslav Tichy, ce n’est donc pas un jour idiot.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de Juillet 2008
Le nouveau livre avance maintenant sans moi. J’attends sa métamorphose graphique par Norayam en lisant Amiel : « Mais quelle énigme que ce même cœur ? Et quelles fluctuations bizarres dans le sentiment intime ! La douceur produit la satiété, d’où naît le besoin de changement ; de là ensuite le regret, l’âpre regret de ce qu’on a laissé ; puis les illusions de la perspective, l’agitation vague, la maladie indéfinissable, l’inquiétude incessante, le désir de l’inconnu, le besoin du connu, tous les soupirs et toutes les craintes, un océan de courants contraires, un chaos intérieur, la déraison en un mot. »
A Lodève au festival de la poésie, son sourire rouge me couvrit de honte. (Alors elle m’offrit des poèmes)
Dans la nuit noire où aboient les chiens, sa robe de nuit toute blanche éblouit mes rêves.
Cette phrase éclôt dans ma tête, me parfume de sens et fane aussitôt.
Jean Lenturlu
Journal de Mai 2008
L’art aussi est une loterie et le gagnant n’est pas souvent celui qu’on croit… C’est bizarre, je suis tombé raide amoureux de la littérature de John Cowper Powis (j’ai lu « Owen Glendower » et « Wolf Solent ») et je suis incapable de tirer un extrait de ces deux romans pour vous montrer. Son style est si glauque, si reptile avec du brouillard mental autour, que je n’ai pas pu en capturer un passage intéressant.
Je pense avec une certaine anxiété à la phrase de Sylvie Crossman « Etre jusqu’au bout ce qu’on a voulu être » quand je suis à ma table « d’auteur » en fêtes du livre. Je me sens un marchand de poissons intellectuel qui frétille en fille de joie pour vendre sa marchandise…
J’aime les femmes jolies pour les mettre au lit. C’est tout et c’est très bête comme réflexion mais c’est peut-être un beau refrain de future chanson.
Jean Lenturlu
journal d'avril 2008
Je ne suis pas un auteur du terroir mais plutôt un écrivain de tiroirs. Chacun a le buffet qu’il peut…(la vie n’est pas commode)
Tous ces auteurs enfermés dans la cage de leur livre comme des animaux sauvages dans un zoo et qui attendent les bananes des spectateurs …
L’idée de race est un engin de meurtre, un pistolet sur notre cerveau qui se croit intelligent. Cela me fait penser à ce quatrain de Francis Blanche (poète sensible derrière le farceur qui
préférait l’eau de vie à l’au delà) écrit pour le carnaval des animaux de Saint-Saëns :
« Las
d’être une bête de somme
Dont on se moque à demi
mot
Au Carnaval des
Animaux
L’Ane s’est mis un
bonnet d’homme »
C’est Cioran qui écrivait « qu’on n’habite pas un pays mais une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre ». Cela m’en bouche un coin de pays…
Il faudrait planter des idées qui n’existent pas encore dans nos têtes et ne pas oublier de les arroser de temps à autre. La poésie a la forme romantique d’un arrosoir…
Jean Lenturlu
Journal de campagne de Mars 2008
Je lis actuellement « la paille et le grain », livre de chroniques que François Mitterrand a écrites dans le journal socialiste « l’unité » en 1971-72 et que j’ai pêché à Emmaüs. Style acéré et rapide, avec des résonances étranges avec l’actualité de ces dernières années : « En réalité, un sabotage continu et subtil freine la capacité du secteur public à se développer dans des conditions normales de rentabilité. Les conservateurs au pouvoir ont étatisé ce que la loi avait voulu nationaliser. (…) Grâce aux astuces de la sous-traitance, les capitaux privés se réinsèrent dans le circuit et s’emparent des zones rentables. Exemple : l’autoroute et les télécommunications. » chronique du lundi 10 juillet 1972.
Envie d’écrire un roman qui commencerait par : « ma femme est devenu subitement une lampe de chevet ».
Quelques fois, lors de salons littéraires, je rencontre des personnes qui ont déjà croisé mes chansons et cela me réchauffe le cœur de savoir qu’elles existent ailleurs, sans moi.
Jean Lenturlu
Journal de Janvier 2008
Modeste consolation d'un grand chagrin (Cellini)
Pour commencer l'année en beauté simple, ce propos de Jacques Copeau à de jeunes comédiens qu'il ne faudrait pas oublier avec le vieillissement de notre âge : "Ne craignez pas de garder longtemps
ce regard un peu hagard de ceux qui cherchent. Le regard de ceux qui croient avoir trouvé s'éteint."
Lire des verres et boire de la littérature sont ce que j'ai fait de mieux dans ma vie. Comme disait Mirabeau, il faut "sauver la soudaineté du passage".
J'ai éprouvé le sentiment étrange (et cruel) de la solitude de la foule qui aime et celui tout aussi cruel de la femme de sa vie qui me déteste... Le reste ne compte pas, je crois.
Mon chat me regarde d'une façon oblique qui me fait comprendre les états d'âme que peut éprouver une petite souris prise au piège, dans les griffes du félin.
Je lis les lettres de Kafka à Milena et je suis à Pragues, dans les rues froides, désespéré d'être un homme...
Je ne veux pas être heureux mais vivre.
Jean Lenturlu
Journal de décembre 2007
A la Saint Sylvestre je me défenestre (dicton aérien)
Je ne boude pas mon plaisir de vous offrir cet aphorisme qui me revient dans la tête lorsque l’année expire son dernier mois. Les concerts sont terminés (merci pour ceux qui sont venus), les
fêtes du livre s’achèvent et il ne me reste que deux dédicaces à Clermont-Ferrand chez mon ami bouquiniste Nicolas qui m’accueille les samedis 22 et 29 décembre devant sa boutique rue des petits
gras avec du vin chaud et son grand sourire.
Une cinquantaine de livres-disques vendus comme des bouteilles à la mer (un au Vénézuéla, l’autre en Pologne et dans quelques régions de France que vont-ils devenir ? quelques fois je pense à eux
avec tendresse quand j’ai bu trop de vin chaud)
Et cette jeune femme aux yeux noirs à Lyon au concert, italienne qui souriait pendant que je chantais (sans comprendre ?) et à qui je n’ai pas eu le temps de parler, ni d’entendre sa voix,
cette belle banquière que fait elle aujourd'hui ?
Revu la belle M. avec ses yeux bleus chinois et qui me font rêver…
Ecrit ce poème pour un concours idiot de poésie que je vous emballe comme un cadeau de noël :
Poème zan
Je vais apprivoiser ta boussole
Comme une passerelle de ton visage
Tact rhizome de ton sexe jubilatoire
Attable moi vite en palabre verte
Enferme la porte de mes sens interdits
Et finissons zan.
Jean Lenturlu
15 décembre 2007
Journal de novembre 2007 (oui je sais il manque celui d'octobre !)
Je suis évidemment malade comme à chaque fois que je vais chanter. Rhume et bronchite qui gênent mes répétitions solitaires. J’ignore mes bronches et je pense avec nostalgie aux branchies des poissons solubles dans la musique.
Première date ce mercredi 21 novembre à la bibliothèque du Puy en Velay. Ne pas avoir peur d’être sympathique.
A la fête du livre de Blanzat ce samedi, présentation du livre le matin à 11h30 puis nous jouons après à 16h30.
Venez nous voir, cela me fera un peu d’émotion.
Jean Lenturlu
Journal d'Août 2007
Bon, je suis enrhumé et il fait soleil. J'aime l'automne pour ça, les mouchoirs en papier et les noix, la nostalgie qui tombe des arbres et les vendanges qui nous font tourner la tête...
Mon nez respire (autant qu'il le peut) les mots poussiéreux d'auteurs tombés dans les oubliettes de la littérature et j'éternue ma modestie de petit scribe. Il avance ce livre, tout doucement, sans faire de bruit, avec la patience de l'ignorant qui n'attend rien de l'ampoule qui s'allume dans sa tête...
Je recommence à chanter, à répéter mes chansons pour quelques dates en novembre-décembre (vieille rengaine psy entre mon inconscient et mon au-delà ) avec mes deux complices Xavier Michel et Christophe Nurit. Je revisite ces chansons comme un touriste et cela me fait rire. Nous buvons du vin rouge et le temps devient espace. Quelques dédicaces début octobre pour faire voyager « La forêt des hommes perdus ». je me sens déjà un peu fille de joie.
Journal de septembre 2007
Moi aussi je suis contre que l’ADN des cheminots les oblige à se lever plus tôt pour gagner moins.
Je chante en ce moment car je répète avec mes musiciens. Je ne suis pas un chanteur, ni un écrivain, ni un artiste. Je suis un touriste de la vie, qui exploite son ego en essayant d’en faire commerce. Vendre mes états d’être (l’âme est la première escroquerie spirituelle de l’humanité) me paraît un objectif honorable dans une vie honnête et dissolue.
Le mot de Cocteau que j’adopte comme fétiche intellectuel : « Aider modestement les œuvres à se faire toutes seules. »
Venez me voir en concert, cela me fera plaisir…
Jean Lenturlu
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