Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog de Jean Lenturlu

Journal de campagne d'octobre 2020

30 Septembre 2020 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

Dans le catalogue d'exposition « Le chat s'expose » de Philippe Geluck qui retrace sa vie artistique et ses origines, celui-ci parle de l'humour belge (à ne pas confondre avec les blagues belges) et de la « swanze » bruxelloise : « Elle nous fait d'abord rire de nous-même : une poissonnière écorche des anguilles vivantes sur le marché aux poissons. A un client horrifié qui lui demande si ça ne les fait pas horriblement souffrir, elle répond : « Oh non ! Vous savez, elles ont l'habitude ! ».

 

La Nuit, déesse des ténèbres, fille du Chaos, est de fait la plus ancienne des divinités. Certains poètes en font la fille du Ciel et de la Terre ; Hésiode la met au nombre des Titans, et la nomme la mère des dieux, parce qu'on a toujours cru que la nuit et les ténèbres avaient précédé toutes choses. Elle épousa l'Erèbe, son frère, dont elle eut l'Ether et le Jour. Mais elle avait engendré seule, sans le commerce d'aucune divinité, l'inéluctable et inflexible Destin, la Parque noire, la Mort, le Sommeil, la troupe des Songes, Momus, la Misère, les Hespérides, gardiennes des pommes d'or, les impitoyables Parques, la terrible Némesis, la Fraude, la Concupiscence, la triste Vieillesse et la Discorde opiniâtre ; en un mot, tout ce qu'il y a de fâcheux dans la vie passait pour une production de la Nuit.

Pierre Commelin « Mythologie grecque et romaine »

 

J'aimerais bien que nous nous séparions avant qu'elle me quitte.

 

Quand je lui demande comment ça va, elle me répond : « Ça valse et ça vacille ».

 

Dans une lettre du docteur Destouches (Céline) à Eveline Pollet du 25 octobre 1938 il écrit ceci : « Regardez bien un cimetière. Il contient tous les mots, toutes les passions, tout. A mesure qu'on avance vers le cimetière, il convient de s'alléger de tout ceci, d'y arriver le moins lourd possible de bêtises. C'est l'oeuvre même ! »

 

Boris Vian aurait eu 100 ans cette année et Juliette Gréco vient de mourir à 93 ans ce mercredi 23 septembre, ce qui ne nous rajeunit pas. Dans un article hommage du journal Libération, celui-ci republie un entretien avec la grande dame en noir du 4 novembre 2003 qui parle de sa relation à la scène : « D'abord, j'arrive très tôt au Théâtre. J'ai besoin de renifler partout, de savoir où est ma place, et si j'y suis. Puis, dans ma loge, je range mes affaires. Je place les crayons bien droits, je fabrique un lieu que j'investis. Et je cultive ma terreur. Je l'arrose un peu, en attendant que le temps passe... » (propos recueillis par Ludovic Perrin et Antoine de Baecque)

 

Ce samedi 19 septembre, dans la rue du Port à Clermont-Ferrand, devant la galerie de Sounya Whang, pour les Arts en balade, cette femme qui regarde mes livres et qui me demande : « Vous êtes autodidacte en écriture ? »

 

Découvert le journal posthume « Le grand large du soir » (1997-1998) de Julien Green que je trouve très puissant dans sa densité existentielle avec par exemple cette note du 11 mai 1998 (il meurt le 13 août de la même année) : « La vraie aventure commence avec la mort ».

 

Et pour finir, cette pensée de mon ami Philippe Bosser (dans « Les rêveries de la phrase célibataire ») :

 

Tant qu'il y aura des « auteurs », on en restera à une littérature de petits propriétaires.

 

Jean Lenturlu

Lire la suite

Journal de campagne de septembre 2020

8 Septembre 2020 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

Il n'y a pas plus tragique que la sincérité.

 

Cette grande, cette fluette femme, à la taille un peu carrée, à la gorge toute menue, est très brune, avec de grands yeux noirs, tout doux, et dont le regard est comme une caresse. Autour d'elle, il y a une petite senteur sauvage, perdue dans un goût d'héliotrope. Aujourd'hui, elle porte une robe rose, et sa longue et gracieuse personne fait un effet charmant dans la verdure foncée des chênes de la forêt, en son marcher lent, en ses accroupissements légers, pour cueillir une fleur...

Et la femme est, pour ainsi dire, toute vêtue de chasteté.

Journal des frères Goncourt (lundi 19 août 1878)

 

Dans « Le promontoire du songe » Victor Hugo écrit : « L'homme qui ne médite pas vit dans l'aveuglement. L'homme qui médite vit dans l'obscurité. Nous n'avons que le choix du noir. »

 

Lui : Pourquoi es-tu malheureuse ?

Elle : Parce que je suis.

 

Le beau titre du journal de bord de Catherine Deneuve : « A l'ombre de moi-même ».

 

Dans une entrevue avec « Le Monde des livres » du journal Le Monde, l'écrivain islandais Jon Kalman Stefansson dit au journaliste :  « Il n'y a pas grand-chose à faire, si ce n'est rester debout. Ceux qui courbent l'échine ne voient pas l'horizon. »

 

J'aimerais un jour écrire un polar qui tue ses lecteurs.

 

Marcher dans la montagne me donne envie de faire l'amour.

 

J'aime savourer l'écriture de David Goodis comme ceci dans « La nuit tombe » : « En dépit de la souffrance, en dépit du vertige et du voile écarlate, en dépit de cette avalanche de rochers fracassés qui s'entrechoquaient, en dépit de cette marée de ténèbres tachetées de rouge et de quelques touches d'un violet livide, en dépit de tout cela se maintenait une zone de paix, de paix de la mémoire ; il fit un effort gigantesque pour l'atteindre. »

 

Par hasard dans un dépôt vente, je trouve le dernier tome du journal de Julien Green « Le grand large du soir », qu'il écrit à la fin de sa longue existence (il a 96 ans). J'aime ces rencontres fortuites qui ouvrent l'horizon de la pensée. Je n'aurai jamais lu volontairement cet auteur et j'y trouve des matières précieuses comme ceci : « Les mots sont pleins de rêves qui attendent ».

 

Sommes-nous plus hypocrites ou plus authentiques sous nos masques ?

 

Pour finir ce mois de rentrée littéraire et scolaire (pléonasme?) cette pensée de mon amie Chris Saulnier tirée de son « Mathématiques appliquées...ou presque » :

« L'humour du second degré n'est pas vraiment perceptible dans les équations de ce type. »

 

Jean Lenturlu

Lire la suite