journal de campagne d'avril 2012
8 Mai 2012 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne
Un peu de retard pour ce journal de campagne…
Et aussi un peu de retard pour le nouveau livre – disque qui prend son temps à naître mais il en sera
d’autant plus beau ! Sa naissance est maintenant espérée mi-juin ou début juillet si les dieux de l’imprimerie nous sont favorables !
Donc patience ….
Une pensée de Samuel Beckett qui ne sera pas dans le livre : « Ce qu’on appelle l’amour c’est l’exil, avec
de temps en temps une carte postale du pays. (Premier amour)
J’avance les pieds nus
Dans l’herbe de ma négritude.
René Depestre
A Montluçon ce samedi 5 mai, en face de l’église St Pierre, un monsieur alcoolisé qui s’arrête devant mes
livres, qui les regarde et qui me dit : « Un jour, ça m’arrivera d’acheter quelque chose avec de la belle musique. »
Le beau style
Elle (langoureuse) : Prends- moi idiot !
Lui (dubitatif ou vraiment idiot) : Je ne vois pas comment.
Une économie de besoins et non une économie de marché.
Marcel Sembat dans son journal note le vendredi 16 février 1905 : « d’ailleurs, je suis tout endormi, je ne
sais pas pourquoi je n’ai pas la cervelle en ordre, j’ai comme des vertiges d’idées ».
Je viens d’achever « La Trêve » de Primo Levi qui raconte la longue marche de prisonniers italiens à
la libération des camps, accompagnés par l’armée rouge, traversant pendant de longs mois l’Europe centrale. Le dernier paragraphe du livre est le récit d’un rêve qui l’épouvante encore, après son
retour en Italie et qui certainement le poursuivra jusqu’à la fin de sa vie: « C’est un rêve à l’intérieur d’un autre rêve, et si ses détails varient, son fond est toujours le même. Je suis à
table avec ma famille, ou avec des amis, au travail ou dans une campagne verte ; dans un climat paisible et détendu, apparemment dépourvu de tension et de peine ; et pourtant, j’éprouve une
angoisse ténue et profonde, la sensation précise d’une menace qui pèse sur moi. De fait, au fur et à mesure que se déroule le rêve, peu à peu ou brutalement, et chaque fois d’une façon
différente, tout s’écroule, tout se défait autour de moi, décor et gens, et mon angoisse se fait plus intense et plus précise. Puis c’est le chaos ; je suis au centre d’un néant grisâtre et
trouble, et soudain je sais ce que tout cela signifie, et je sais aussi que je l’ai toujours su : je suis à nouveau dans le Camp et rien n’était vrai que le Camp. Le reste, la famille, la nature
en fleur, le foyer, n’était qu’une brève vacance, une illusion des sens, un rêve. Le rêve intérieur, le rêve de paix, est fini, et dans le rêve extérieur, qui se poursuit et me glace, j’entends
résonner une voix que je connais bien. Elle ne prononce qu’un mot, un seul, sans rien d’autoritaire, un mot bref et bas ; l’ordre qui accompagnait l’aube à Auschwitz, un mot étranger, attendu et
redouté : debout, « Wstawac ». »
Jean Lenturlu
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