journal de campagne
Journal de campagne d'Août 2018
Je déteste sentir le client en moi.
Ne pas écrire, c'est ne pas contempler ; ne pas contempler c'est se révéler incapable d'extraire le sens réel, la pleine valeur de son expérience ; c'est laisser la vie, le temps, s'écouler sans avoir de signification. V.S Naipaul répondant à « Pourquoi écrivez-vous ? » au journal Libération en 1985
La grossièreté de la finesse.
Je me suis rempli d'air marin à Camaret et j'aurais aimé marier les courbes des femmes aux croupes des vagues...
Il eut un sourire indulgent.
-Voyez-vous, ajouta-t-il, le public a besoin d'avoir foi en ces choses là. Il accepte d'être dupé, mais refuse que l'on se moque de lui !
Tarquin Hall « Le chasseur de gourous »
Dans le journal de Maurice Blanchard, il note ce vendredi 4 juin 1943 : Un jour viendra où toute une ville, Paris par exemple, ira de temps à autre voir travailler « son travailleur » ; on fera des gradins, au Trocadero et aux Champs de Mars, et avec les jumelles, la radio et même la télévision, on ira assister au coup de pelle quotidien ou au coup de plumeau mensuel sur le parquet du pont d'Iena.
Comme monsieur Cioran (qui n'était pas un triste sire) « je préfère un concierge qui se pend à un poète vivant ».
Cette pensée de Richard Schaukal découvert dans le livre de William M. Johnston « L'esprit viennois » (Une histoire intellectuelle et sociale 1848-1938) trouvée chez le bouquiniste de Camaret et qui me va bien : Les hommes ne cherchent pas à être respectés, ils souhaitent être méconnus de manière flatteuse. »
Ma carte de visite : Jean Lenturlu chercheur d'aphorismes – désillusionniste – noteur (homme de livres)
PS : Je ne donne pas mon numéro de téléphone pour ne pas crouler sous les demandes en mariage.
J'aimerais vivre en couple avec une femme qui serait professeur de yoga, infirmière, psychiatre et un peu hôtesse de bar à champagne (Je sais que je ne suis pas à la mode).
Quand on me demande gentiment si mes écrits sont positifs ou négatifs, je réponds que je ne suis pas un électricien de la littérature.
Pour finir ce mois d'août, inspirée par ma retraite bouddhiste à Camaret, cette pensée du Dalaï LAMA : Si vous avez l'impression d'être trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique et vous verrez lequel de vous deux empêche l'autre de dormir.
Jean Lenturlu
Journal de campagne du mois de juillet 2018
Le désir ardent de vivre est une sorte d'idiot béni des dieux. Il ne comprend au bout du compte rien d'autre que lui-même. Il n'a aucune perception du contexte. Il peut très bien suivre l'enterrement en toute bonne foi pour finir par vouloir baiser la veuve. William Mcilvanney (Etranges loyautés)
Il n'y a rien de plus triste qu'un best-seller qui ne se vend pas. Jérôme Lindon
Un petit métier qui se perd : redresseur de torts
La musique creuse le ciel. Charles Baudelaire (Fusées)
Si Dieu avait voulu me parler, il aurait eu le temps.
Pour se punir, elle s'obligeait à porter ses chaussures rouges qu'elle détestait.
Goûter l'aurore aux doigts de roses...
Je suis un père statique.
Toutes mes blessures sont dans mes livres (ne pas les lire).
Moi la Grande Branleuse ne me fait pas peur ! dit-il en bandant mou.
En 1985, V.S. Naipaul (qui vient de mourir) répondait à Libération (Pourquoi écrivez-vous?) : Ne pas écrire, c'est ne pas contempler ; ne pas contempler, c'est se révéler incapable d'extraire le sens réel, la pleine valeur de son expérience ; c'est laisser la vie, le temps s'écouler sans avoir de signification.
Exergue de vie de Léonard Cohen : S'il fallait en arriver à évoquer la grande défaite inéluctable qui nous attend tous, que cela soit fait dans les limites strictes de la dignité et de la beauté.
Sur ma tombe, j'aimerai après mon nom cette mention unique : Homme de livres.
Dans le documentaire « Claude Lanzmann porte parole de la Shoah » réalisé par Adam Benzine en 2015, Lanzmann parle de son film monumental : Shoah n'est pas un film sur la survie et ce n'est pas un film sur les survivants, et les survivants ne sont pas dans Shoah. Shoah, c'est un film sur la mort. Personne n'est jamais revenu vivant d'une chambre à gaz. Les gens arrivent, et dans les trois heures, un transport de 5 000 personnes est gazé. Et ces gens-là n'ont jamais connu Auschwitz, ils ne savent même pas où ils sont, ils ne savent même pas où ils meurent. Ils n'ont même pas la connaissance de leur propre mort. Ils n'ont pas le savoir de leur mort.
Cette pensée du mois de mon ami Paul Léautaud pour finir ce journal de campagne :
Les gens couverts de croix me font penser à un cimetière.
Ce journal du mois a été financé par les pompes funèbres de mon quartier, merci de penser à eux à l'heure ultime... Beaucoup de gens nous quittent à la fin de l'été.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de juin 2018
Ce samedi 23 juin 2018 à Lyon, ils regardent des livres à côté de moi sans me voir ; comment font-ils pour m'ignorer, me transformant en SDF de librairie ?
J'aime les intellectuels qui pensent, pas ceux qui réfléchissent.
A Vienne, devant la librairie Lucioles ce jeudi 28 juin, devant ma table de livres :
ça t'intéresse, Maxime ?
Non, ce genre de choses ne m'intéressent pas.
Ces propos du dessinateur Moebius dans la revue « Trois couleurs » (hors série n° 6) :
Il n'est pas question de me laisser bloquer par la représentation, ni par l'abstraction, ni par quoi que ce soit, mais de tendre, au contraire, à une expansion de l'expression, flirter avec l'hypnose, la démence, faire jaillir la partie de moi la moins culturelle, la plus obsessionnelle (…) Se laisser dériver, au sens sexuel mais aussi pictural. Atteindre une sorte d'équilibre du ressenti (…) L'art doit être paranoïaque.
J'aimerai tant t'obéir dans d'autres circonstances.
La beauté qui passe à côté de moi, je sens encore son reflet dans mes yeux.
Un extrait de ce livre impromptu (offert par Michel un des libraires de Lucioles ce samedi 30 juin) de Viv Albertine, très intéressant sur le milieu punk rock des années 75-80 à Londres :
L'avantage qu'il y a à choquer, c'est que ça vide le cerveau de tout préjugé l'espace d'un instant, pendant lequel l'oeuvre d'art trouve l'occasion d'outrepasser les habitudes et les comportements acquis et de retrouver de l'impact, le temps que revienne s'accumuler tout notre conditionnement.
Elle me dit à Nevers ce vendredi 6 juillet : « Tu es mon suiveur de devant ».
Acheter un livre pour une seule phrase qu'on veut garder toute sa vie.
Il ne me reste que la force de t'abandonner.
Idée de refrain : Viens dans la coursive – que je t'esquive.
Ces femmes qui me plaisent parce qu'elles sont loin.
Et pour finir cette pensée de mon ami Louis Scutenaire à méditer sur la plage ou à la montagne :
Il est heureux que j'aie vécu en même temps que moi.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de mai 2018
Je trouve dans « La vie politique en France depuis 1940 » de Jacques Chapsal, cet axiome politique toujours d'actualité (je pense au dernier gouvernement socialiste de Manuel Vals) émis par Joseph Barthélémy dans les années 1930 : « Je suis un républicain de gauche, c'est-à-dire un homme du centre, que le malheur des temps oblige à siéger à droite. »
Après la visite d'une exposition d'art plutôt indigente, cette constatation s'impose : L'art comptant pour rien.
J'aime beaucoup les femmes fatiguées.
Offert à François Hollande (devenu touriste de librairies comme moi) un exemplaire de « Tout s'arrange mais mal » ce samedi 2 juin à Valence par l'intermédiaire de V. la libraire de « Notre temps » chez qui il dédicaçait un jour après moi, clin d'oeil sarcastique à l'air du temps et des occasions ratées (leçons de pouvoir ?)...
Cette confidence (effrayante) de Philip Roth (qui vient de mourir) : « Elle était si profondément ancrée dans ma conscience que, durant ma première année d'école, je crois bien m'être imaginé que chacun de mes professeurs était ma mère déguisée. »
Je suis son homme incertain.
Prière d'Erri de Luca :
Notre mer qui n'est pas aux cieux
Qui embrasse les rives de l'île et du monde
Béni soit ton sel
Bénies soient tes profondeurs
Accueille les embarcations bondées
Perdues sur tes vagues
Les pêcheurs sortis de la nuit
Leurs filets parmi tes créatures
Qu'ils reviennent au matin
Avec les naufragés sauvés.
Je rêve comme Montaigne d'être un révolutionnaire sans idéologie.
Et ceci qui devrait être enseigné (en travaux pratiques) à l'école :
C'est une absolue perfection et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être.
Montaigne (Les essais III)
Elle : Quelques fois, tu fais des phrases sans mots.
Et pour finir ce mois, cette pensée de mon ami Louis Scutenaire (que je partage) :
« La valeur ici-bas la plus sublime est l'orgasme. »
Jean Lenturlu
Journal de campagne du mois d'avril 2018
J'ai mal à une dent aujourd'hui et j'écris dans ce journal « J'ai mal à une dent ». Est-ce de la littérature ou une escroquerie ?
Hier, on m'a proposé de participer à un bal littéraire. Vais-je être obligé d'écrire en dansant ?
Who are you ?
Don't puzzle me.
La traduction de ce dialogue écrit par Laurence Sterne :
Qui êtes-vous ?
Ne me posez pas d'énigme.
Je vis dans la nostalgie de ce qui n'a pas été.
Ils oublient ce qu'ils ont dit, ce qu'ils ont fait et reviennent vers nous en toute innocence.
Dans le journal d'Hervé Guibert : L'artiste ne doit-il pas avoir laissé un pied dans son enfance et projeté l'autre dans sa tombe ? (le Mausolée des amants)
La sciure du cerveau, voilà pour les ébénistes de la littérature...
Dans son journal le 25 mai 1976, Richard Millet écrit : « Plus je m'attache à me tenir à distance de la littérature en examinant les mécanismes de l'écriture, et plus ce journal est littéraire. Mes premières grandes joies ont été livresques. Il ne m'est donc pas impossible (à supposer que je veuille vraiment me défaire de la littérature) de retourner à une innocence d'avant la lecture. »
Dans « Solaris », le beau film d'Andréi Tarkovski, un personnage s'écrie en voyant renaître un énième avatar de la femme défunte du héros : « Quel horrible spectacle ! Je ne peux m'habituer à ces résurrections. »
Mon rêve de poète : Déclamer un steak devant un public affamé.
Je suis apaisé comme un volcan éteint.
Demain je hante et je n'ai pas envie disait le fantôme à sa femme livide.
A mettre sur nos tombes :
« Nos clartés ici-bas ne sont qu'énigmes sombres » (Le cantique spirituel - Racine)
Pour finir ce mois, une perle de librairie raconté à votre serviteur par un lecteur à la librairie des volcans ce samedi 28 avril : Pardon, Madame, auriez-vous la « Tentatrice chaude » de Ionesco ?
J'aimerai bien le lire ce livre...
Jean Lenturlu
Journal de campagne de mars 2018
Elle était maniaco-oppressive.
Et si Dieu était un grand singe qui a perdu le contrôle de sa créature ?
Cette sentence de Stephen Hawking que je n'ai pas encore eu le temps d'éprouver : « Une découverte scientifique, ça n'est pas meilleur que le sexe, mais la satisfaction dure plus longtemps. »
En 1957, à la question d'un journaliste qui lui demandait pourquoi il conservait trois machines à écrire chez lui, Dashell Hammett eut cette réponse : « Pour me souvenir que je fus un jour un écrivain. »
Pour E.M. Cioran : « L'évènement le plus important de la deuxième partie du XX ème siècle est le rétrécissement des trottoirs. »
Le philosophe Clément Rosset qui vient de mourir à 78 ans ce 28 mars 2018 a écrit dans « Route de nuit : épisodes cliniques » ceci : « Savoir vivre signifie savoir tout rendre (à la vie). »
« J'écris des chansons, c'est déjà pas mal. »
Jacques Higelin.
Toujours d'actualité Pierre de l'Estoile qui note en octobre 1610 dans ses registres-journaux : « Le lundi 11 ème de ce mois, fust pendu au bout du Pont Neuf à Paris, un de ces tiremanteaux sur la brune, pauvre garson qui n'avoit que le cul et les dents. Je ne dis pas que ce ne soit bien fait de purger la ville de tels matois, brigandeaux et tirelaines, de peur d'y ouvrir la porte au meurtre et au brigandage ; mais, de laisser aller impunis les gros larrons, espargner les assassins, comme on fait tous les jours, et ne point punir les séditieux doivent avoir pour partage le corbeau et la fourche, je dis que c'est faire la justice en guise d'araingnes : tuer beaucoup de mouches, mais non pas les gros bourdons. »
Ce mot qui m'est venu ce samedi à Vichy, en souvenir de ma présence littéraire incongrue en compagnie de ces trois femmes écrivains célèbres pour les dix ans de la librairie Carnot : J'étais la cerise sous le gâteau.
Dans le journal de Gabriel Matzneff (mardi 26 juin 1984) qui note avec frénésie ses jeunes conquêtes féminines, cette jeune femme vietnamienne qui lui dit : « Vous avez un beau corps. Jusqu'à présent, je n'avais vu que des cadavres, à la fac de médecine. »
Il y a quelques jours, sur scène j'ai pris en photo le public en train de penser : photo floue.
Pour finir ce mois, cette pensée de Jules Renard :
« J'aime la solitude, même quand je suis seul »
Jean Lenturlu
Journal de campagne de février 2018
Je n'ai pas osé lui dire qu'elle était laide.
Il faut lire le journal d'Hervé Guibert. On est sur l'os de la littérature, avec la chair de la vie qui se décompose autour...
Il est préférable d'oublier.
Cette phrase de David Rieff : « Les tombes sont faites pour les vivants. »
Ce matin, dans les registres – journaux de Pierre de L'Estoile, Henry IV vient de se faire assassiner par Ravaillac et le peuple de Paris pleure son Roi bien-aimé...Et moi-aussi je suis triste après toutes ces heures de lecture passées avec lui et son époque.
J'aime me sentir vieux.
Dans le polar « Les papiers de Tony Veitch » de William McIlanney cette phrase : « Il avait cette technique déconcertante des alcooliques qui consiste à hiberner entre deux remarques. »
Le cri inquiétant d'un enfant dans son sommeil : « Pourquoi ? ». J'ai attendu : pas de réponse.
Je suis inébranlable sauf quelques fois.
J'aime les belles phrases désespérées qui ne servent à rien, comme celle-ci (de Jim Harrison) : Je ne voulais pas que tu me laisses aux autres.
Betty Davis a dit : Il y a toujours eu un petit oiseau à l'intérieur de moi mais c'est devenu un corbeau noir. (propos recueillis dans le documentaire de Phil Cox sur la chanteuse « Betty Davis la reine du funk »)
Ce qu'écrit le lundi 13 novembre 1978 Louis Calaferte dans « le spectateur immobile », que par chance j'ai trouvé dans un dépôt vente, me correspond tout à fait: « Envoûtement de la lecture, journaux, Mémoires où se révèlent la passion, les sentiments secrets, la vie d'un homme avec qui on entre en intimité jusqu'à éprouver pour lui l'estime, l'amitié qu'on aurait pour un être cher. Ce n'est pas l'esprit qui est touché par des qualités littéraires, mais toute notre personne. J'ai de la reconnaissance pour les écrivains qui se sont livrés de la sorte et, à talent égal, les préfère à tous autres. »
Et pour finir ce mois, hommage particulier à la poésie de mon enfance de l'école primaire, via une pensée sortie de la boîte noire de mon ami Marcel Mariën : « Maurice Carême, le vermifuge idéal contre les vers irréguliers. »
Jean Lenturlu
Journal de campagne de janvier 2018
Et pour débuter ce mois, cette pensée de Pierre Doris : Les morts ont de la chance : ils ne voient leur famille qu'une fois par an à la Toussaint.
Le beau rire de Catherine Millet.
Elle : Tu es un rateur d'occasion.
Il était accablé de ne rien oublier de sa vie.
« Mais c'est seulement quand un homme se retrouve avec un flingue dans la bouche qu'il peut voir le monde entier dans sa tête. » Charles Bukowski (lettre à Jon Weble fin janvier 1961)
J'ai eu le temps de ne rien voir. (Brigitte Fontaine après sa tournée au Japon en 1988)
La devise de Paul Bocuse qui vient de mourir le 20 janvier à l'âge de 91 ans : Travailler comme si l'on devait vivre cent ans et vivre comme si l'on devait mourir demain.
Je suis son souffre-bonheur.
C'est aimer peu que de pouvoir dire combien l'on aime. Pétrarque (dernier vers du sonnet 137)
Citation de Jacques Toubon dans le Canard Enchaîné du 24 janvier : « Tout homme politique porte plus d'attention à ceux qui l'emmerdent qu'à ceux qui le servent. »
Je vous conseille de lire « Dans la forêt » de Jean Hegland.
Je suis un homme simple ou simplement un homme ?
Les femmes faciles me font peur et les difficiles m'effraient.
Le centaure Victor Hugo et l'antilope Arthur Rimbaud...
Et cette question existentielle de mon ami Louis Scutenaire pour finir ce mois :
« Avez-vous jamais essayé de toucher la douceur ? »
Jean Lenturlu
journal de campagne de décembre 2017
En littérature, j'ai toujours évité l'intoxication, je m'arrête toujours avant la fin du livre.
La révolution sociale est sérieusement compromise si elle arrive par la révolution politique.
P.J Proudhon (Carnets)
J'ai mis quinze ans pour écrire mon premier livre, six mois pour le deuxième. J'aime l'extrémisme de la fragilité (quelle soit lente ou rapide).
J'étais si petit dans ses bras et immense en elle.
Catherine Pozzi écrit dans son journal le 21 avril 1928 : « Que restera-t-il de ces dépenses de courage invisibles qui ne servent qu'à la vie de tous les jours ? »
L'homme aimé n'est pas libre. H.F. Amiel
On ne vieillit pas, on grandit ou on rapetisse...
J'ai trouvé une forme de dignité à me mépriser moi-même.
Je ne conçois le couple qu'après 90 ans.
Le silence naturel n'existe pas.
Dans les registres-journaux de Pierre de L'étoile, il écrit en novembre 1608 cette phrase remarquable : « La fin de cet homme nous apprend que ce que nous affectionnons le plus en ce monde, qui sont les biens, pour l'usage et commodités de la vie, est ce qui ordinairement nous la fait perdre, et nous conduit à la mort. »
Cette remarque très « second degré » de Jacques Le Goff dans « La civilisation de l'occident médiéval » page 55 : Je ne vois guère que l'abricot comme fruit possible ramené des croisades par les chrétiens. »
Louise qui me demande : papa, as-tu lu la dégradation des droits de l'homme ?
L'homme est une faiblesse de la nature.
Au réveil, certaines femmes ont un besoin urgent d'homme.
Et pour bien démarrer l'année cette pensée limpide de mon ami Georges Perros : « Beaucoup d'hommes politiques sont des ratés de la littérature. Beaucoup d'écrivains, des ratés de la politique. Facile à discerner. Lisez. Ecoutez. »
Jean Lenturlu
Journal de campagne du mois de novembre 2017
Dans cette librairie, mes livres font partie du tréfonds.
Dans un marché de noël, un auteur de 82 ans qui présente ses livres : Celui-là je vous le conseille c'est le moins nul et celui-là il est génial !
La comédie d'Aristophane « Les Acharniens » fut représentée en 425. Elle commence par une scène dans laquelle Dikaiopolis le campagnard est assis tout seul sur le lieu de l'Assemblée et se plaint : le reste des citoyens est encore à jacasser à l'Agora alors que la réunion devrait commencer peu après l'aurore. Il regarde les prytanes (les présidents de l'Assemblée) arriver en retard et en toute hâte, se pousser et se bousculer pour s'assoir sur la banquette du premier rang, pendant que les autres citoyens arrivent de l'Agora, entrainés par les agents de service qui portent entre eux une corde imprégnée de peinture rouge. Sur certains des manuscrits grâce auxquels la pièce nous est parvenue, il y a une note marginale disant que tout citoyen dont le vêtement se trouvait tâché de rouge était passible d'une amende.
Mogens H. Hansen « La démocratie athénienne »
Belle femme verticale au regard horizontal.
Dans le n° de l'Obs du 23 novembre, entrevue avec l'économiste Tim Jackson pour la ré-édition de son livre paru en 2009 « Prospérité sans croissance » dont j'extrais ce passage : « Aux Etats-Unis, le revenu par habitant a triplé depuis 1950, mais la proportion de citoyens se qualifiant très heureux a stagné. C'est aussi le cas au Japon. Au Royaume-Uni, elle a même baissé. En économie, on appelle cela l' « utilité marginale décroissante », c'est-à-dire qu'à partir d'un certain niveau de revenu la satisfaction exprimée par les acteurs économiques est de plus en plus faible. (…) C'est le moment où posséder davantage, c'est posséder trop, trop de technologies qui polluent, trop d'aliments industriels qui nous font du mal... C'est le moment où il faut se demander si la recherche de croissance économique a encore du sens. »
Ceux qui s'aiment devraient naître ensemble. Mais on aime mieux à mesure qu'on a vécu et c'est la vie elle-même qui sépare de l'amour. Il n'y a pas d'issue – sinon la chance, l'éclair - ou la douleur.
Albert Camus (lettre du 7 novembre 1949 à René Char)
En langage féministe, on n'utilise pas le mot « con » pour insulter. On dit « bitard ».
La vraie vie, c'est celle qu'on écrit.
La solitude est dédiée à l'oeuvre (et non l'inverse).
Et pour finir ce mois, une pensée (très courte) de mon ami Louis Scutenaire :
Le toléré tue le tolérant.
Jean Lenturlu
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