journal de campagne
Journal de campagne de novembre 2025
En 2020, Donald Trump déclarait devant ses partisans au cours d'un meeting à Bemidji (Minnesota) : « C'est en grande partie une question de gènes, n'est-ce pas ? Vous avez de bons gènes dans le Minnesota ! » Des propos prononcés dans l'un des Etats où la communauté afro-américaine est le moins représentée, comme l'avaient noté plusieurs commentateurs. En réaction, l'American Society of Human Genetics (ASHG) avait publié une mise au point, rappelant que « la génétique montre que les humains ne peuvent être divisés en sous-catégories ou races biologiquement distinctes, et que toute affirmation d'une supériorité en fonction d'une ascendance génétique, ne repose sur aucune preuve scientifique. Il est inexact de prétendre que la génétique est un facteur déterminant dans les aptitudes humaines », ajoutait la société savante.
Stéphane Foucart « Le Monde » du mercredi 24 septembre 2024 article « Le retour du racialisme aux Etats-Unis et en France »
Ce mot découvert dans un article du Canard Enchaîné sous la plume de Tristan Berteloot : « démocrade ». On voit bien qui ils sont...
M , une libraire, qui m'explique qu'une cliente téléphone pour commander ses livres, demande le prix de l'ouvrage et le nombre de pages pour calculer le coût de chaque page...
Pour donner une idée de l'ampleur du travail qui attendait les partisans du renouveau, la Société nationale de presse (SNEP), qui sera créée par la loi du 11 mai 1946, aura à gérer 16 imprimeries à Paris et 270 en province, ainsi que 88 journaux parisiens et 394 titres provinciaux, sans parler des 20 immeubles de la capitale et des 145 situés en régions qui avaient été saisis à la Libération.
Jean-Yves Mollier « L'âge d'or de la corruption parlementaire 1930-1980 »
Dans une vieille émission d'Apostrophes de Bernard Pivot, l'écrivain théologien André Chouraqui dit qu'il aimerait qu'on grave sur sa pierre tombale : « Mort de joie ».
Le mot « Québec » est issu de la langue amérindienne Micmac qui veut dire : L'endroit où le fleuve rétrécit ».
Croit-on qu'elle puisse attirer les fils, la Gauche, ce grand cadavre à la renverse, où les vers se sont mis ? Elle pue, cette charogne ; les pouvoirs des militaires, la dictature et le fascisme naissent ou naîtront de sa décomposition ; pour ne pas se détourner d'elle, il faut avoir le cœur bien accroché. Nous les grands-pères, elle nous a faits : nous avons vécu par elle ; c'est en elle et par elle que nous allons décéder. Mais nous n'avons plus rien à dire aux jeunes gens.
Jean-Paul Sartre « Préface » à « Aden Arabie » de Paul Nizan (mars 1960)
Nous descendîmes vers la Sicile ; elle nous apparut au soir tombant, à un tournant de la route, piquée de lumières, frangée de brume ; nous nous arrêtâmes ; une voiture stoppa derrière nous : « Vous regardez la vue ? » dit le conducteur. Moi-aussi, chaque fois que je passe, je regarde. (…) Il balaya l'espace de la main et déclara avec emphase : « C'est la seconde plus belle vue du monde. » « Ah ? Dis-je, et quelle est la première ? » Il hésita : « ça, je ne sais pas. »
Simone de Beauvoir « La force des choses »
Et pour finir cette pensée de mon ami Edmond Locard, médecin pionnier de la police scientifique :
« Le temps qui passe, c'est de la vérité qui s'enfuit. »
Jean Lenturlu
Journal de campagne d'octobre 2025
Je suis épuisé de ne rien faire.
C'était un temps déraisonnable. On avait mis les morts à table. On faisait des châteaux de sable. On prenait les loups pour des chiens.
Louis Aragon
Je vivais dans une sorte de malédiction confortable. Je m'étais arrangé pour ne rien laisser paraître jamais ni de mes angoisses, ni de mes envies, ni même de mes vœux les plus secrets et qui eussent risqué de me laisser en mauvaise posture devant tel ou tel de mes contempteurs. Je vivais masqué. Je veux dire par là, cette cire commode dont on se peint le visage et, bien mieux, les sentiments, dès qu'on se sent traqué, soumis des fois, et au mieux, vaincu. L'indifférence confine à l'insouciante optique de tout ce qui peut être regardé, ou même vu de biais, en douce, en rupture de courtoisie. Les voyous ne sont pas tous enfermés dans les prisons. C'est une idée reçue. Il en est qui vaquent en toute tranquillité dans les salons, dans la rue, dans les ministères. L'orgueil de ceux de ma race est trop évident pour qu'il soit nécessaire de se démasquer le moment venu. Le moment est toujours là, présent, indéniable. Je savais que je n'en sortirais jamais de cette brume visqueuse que je prenais plaisir à faire tâter autour de moi à qui voulait bien, et dont je disais qu'elle était tout mon sentiment. Je vivais. Et maintenant, je vis. Seul.
Léo Ferré « Testament phonographique » (préface)
Dans la manifestation du 10 septembre (« Bloquons tout ! »), cette pancarte à Clermont-Ferrand où il y a écrit : « Leurs yachts échoueront sur nos grèves ».
Vous savez ce qu'est le charme ?
Une manière de s'entendre répondre « oui » sans avoir posé aucune question claire.
Albert Camus « La chute »
Dans les personnages que l'on crée, qu'ils soient littéraires ou dessinés, il y a une projection de soi-même, on y met de soi-même, parce qu'on aimerait toujours être autre chose que ce qu'on est.
Hergé (émission « Partage du jour » de Reginald Martel – Radio Canada le 7 avril 1965)
La qualité d'énergie contenue dans ce que nous écrivons nous demeure insoupçonnable, et ce n'est pas sans effroi qu'on constate que la pensée dispose d'un tel pouvoir d'intervention.
Louis Calaferte « Rapports » (Carnets VI 1982)
Cette phrase curieuse et poétique de Vimala Pons qui répond au journal "Libération" pour la sortie de son nouveau spectacle « Honda Romance » qui confronte les questionnements existentiels de la performeuse à la puissance de la technique et des éléments : Je me sens vraiment bien qu'avec un truc sur la tête qui risque de tomber.
Pour finir ce mois de rentrée littéraire, cette pensée de mon ami Jules Renard : « La phrase ne peut être que le filtre de la pensée.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de septembre 2025
Où va-t-on après la mort ?
Là où sont les enfants qui ne sont pas encore nés.
Sénèque
La Normandie : terre cossue qui sent l'herbe verte et le Viking...
Les larmes de la marquise d'Ancre...
Je mène une existence stérile, centrée exclusivement sur moi-même : je ne m'en accommode pas du tout. Je suis rivé ici, parce que, comme je vous l'ai dit et comme vous l'avez compris, c'est mon travail d'écrire sur cette ville et je ne peux le faire qu'ici. Inutile de revenir sur tout ça. Mais ça ne me laisse à peu près personne avec qui parler. En d'autres termes, je me suis pris à mon propre piège. Sans le vouloir clairement, je me suis choisi la vie qui convenait le mieux au genre de littérature que je suis capable de faire. Les gens qui s'occupent de politique, les intellectuels, m'ennuient, ils me paraissent sans réalité; les gens que je fréquente à présent me semblent plus vrais : putains, voleurs, drogués, etc... Cependant ma vie personnelle s'en trouve sacrifiée. Cette histoire m'a aidé à mieux voir les choses entre nous ; l'an dernier, j'aurais eu peur de gâcher quelque chose en ne vous étant pas fidèle. Maintenant je sais que c'était idiot, parce que des bras n'ont aucune chaleur, quand ils se trouvent de l'autre côté de l'océan, et que la vie est trop courte et trop froide pour qu'on renonce à toute chaleur pendant tant de mois.
Nelson Algren (lettre à Simone de Beauvoir)
Ensuite, nous avons fait l'amour (on ne fait pas l'amour, c'est lui qui nous fait).
André Hardellet « Lourdes, lentes »
Je deviens fou de ne pas être ce que je suis.
Malgré la sécheresse et le changement climatique, y'aura t-il toujours la goutte d'eau qui fait déborder le vase ?
Je tournai cinq ou six films et, malgré les massacreurs de la salle de montage, j'avais réussi dans certains d'entre eux à faire passer une ou deux idées comiques personnelles. Connaissant désormais leur méthode de montage, je plaçais mes gags juste au moment où j'entrais dans une pièce ou bien quand j'en sortais, car je savais qu'ainsi ils auraient du mal à les couper. Je profitais de chaque occasion qui m'était offerte d'apprendre mon métier. J'allais de la chambre de tirage à la salle de montage, observant le monteur au travail.
Charlie Chaplin « Histoire de ma vie »
Sartre avait fait, comme moi, un atterrissage en Islande et nous nous étions promis de la voir. Nous y passâmes dix jours étonnés. Ce jeune volcan, peuplé seulement depuis le Xe siècle, ne possédait ni préhistoire, ni même un fossile; les ruisseaux fumaient, le chauffage central utilisait des eaux souterraines : le plus difficile, dans les chambres d'hôtel, c'était d'obtenir de l'eau froide; en pleins champs se dressaient des cabines qui étaient des « bains de vapeur ». Presque pas d'arbres : on appelait forêt un maquis ; mais des déserts de lave, des montagnes couleur d'œuf pourri, crachant des vapeurs de soufre, trouées de « marmites du diable » où la boue bouillonnait; des scories, dessinant dans les lointains des villes fantastiques.
Simone de Beauvoir « La force des choses »
Et pour finir ce mois de septembre, ce précepte de Louis Calaferte dans ses carnets (1974-1977) :
« Déceler la magie des actes »
Jean Lenturlu
Journal de campagne du mois de juillet 2025
La vanité est une faiblesse. Je le sais. C'est une dépendance futile au moi extérieur, à l'aspect qu'on a plutôt qu'à ce qu'on est. Je le sais bien. Mais j'ai déjà une cicatrice de la taille et de la consistance d'une méduse sur l'abdomen, et vous seriez surpris de voir combien l'image qu'on a de soi change quand on ne peut pas enlever sa chemise à la plage.
Dans mes moments plus intimes, je remonte ma chemise et je la regarde, je me dis que ça n'a pas d'importance, mais chaque fois qu'une femme l'a sentie sous sa paume tard dans la nuit, qu'elle s'est redressée contre un oreiller et m'a demandé ce que c'était, j'ai donné une explication aussi rapide que possible, refermé les portes de mon passé à peine ouvertes, et pas une seule fois, même quand c'est Angie qui m'a posé la question, je n'ai dit la vérité.
La vanité et la malhonnêteté sont peut-être des vices, mais ce sont aussi les premières formes de protection que j'aie jamais connues.
Dennis Lehane « Un dernier verre avant la guerre »
Dans le Canard Enchainé de ce mercredi 18 juin 2025, cet entrefilet étrange :
Psychose à Yaoundé : des individus soupçonnés de faire « disparaître le sexe » de leurs interlocuteurs ont été pris à partie par une foule en furie (actucameroun.com 12/6 et 16/6). Au point que le préfet du département du Mfoundi a publié un arrêt menaçant un plaignant de poursuites « pour simulation de victime de vol de sexe ». Les policiers avaient en effet constaté que « son sexe était bel et bien en place », l'homme admettant après coup que ce dernier avait « plutôt diminué de volume ».
Je vous laisse rêver à cette réalité poétique qu'on puisse se faire voler son sexe...
Pour un poète, il y a toujours conspiration du silence mais la pire conspiration c'est la conspiration du bruit car jadis il y avait le silence autour d'un homme et maintenant le silence fait un bruit infernal. (Entretien avec Jean Cocteau 1951 – Les nuits de France Culture)
Lui : La prochaine fois, je te demanderais conseil pour comment t'exprimer ce que j'ai à te dire.
Elle : J'aimerais bien que tu ai envie de me boire comme tu as envie de boire du thé vert.
Derrière les yeux du scribe, oui, qu'y-a-t'il. Derrière ces pierres serties ou verres de pacotilles, ce sont nos propres yeux qui nous regarderaient. (…) Ce regard impossible est celui de l'écriture.
Claude Maillard « Le scribe »
Le « réalisme socialiste », ce n'est pas un style, ce n'est pas un genre, c'est une méthode. Et une méthode qui consiste à décrire la réalité dans son développement révolutionnaire. Ce qui veut dire que si vous voyez un terrain vague inondé de boue, en fait, ce qu'il faut y voir, c'est la belle maison qui sera construite sur ce terrain, envahi par la boue, quand le chantier sera terminé.
Donc qui ne sait pas voir dans la réalité présente cette belle réalité future risque très fortement d'être éliminé.
« Les grandes traversées » de France Culture « Devenir Staline » (Les mots qui tuent)
Pendant deux mois, ne plus répéter tous les jours... Regarder Madame Takamine avec tendresse, lui parler sans l'effleurer, boire l'apéro avec elle, ne pas la prendre dans mes bras et vivre sans penser à elle...
Et pour finir ce mois chaleureux, cette pensée du comédien activiste Jacques Livchine (« à voix nue » sur France Culture) : Le théâtre doit réveiller les morts.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de juin 2025
J'ai dérogé une fois et une seule à ma sacro-sainte règle de pureté antijeu. J'avais à peine plus de vingt ans et voulant faire « comme les grands », je me suis joint à une partie de poker, sachant tout de même que les sommes engagées ne seraient pas très élevées. Plus tard, bourrelé de remords, je m'en suis ouvert à mon père.
« Et comment t'en es-tu sorti ? » m'a-t-il demandé calmement.
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« J'ai perdu quinze cents. »
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« Dieu soit loué. Imagine que tu les aies gagnés. »
Isaac Asimov « Moi, Asimov »
Ce mois de juin, quatre animations spectacles chez des gens qui m'accueillent avec humanité pour que je leur offre le comique du désespoir, ce miroir impitoyable de notre condition humaine...
Je ne suis pas un bon orateur car je n'ai aucune suite dans les idées.
Tout à coup dans le hammam, il se sentit définitivement à poil et à vapeur.
J'ai brûlé ma vie. Il ne me reste plus qu'à remettre le feu sur cette mince surface calcinée de la mémoire. Un jour, je rassemblerai le tout et c'est pour préparer ce terrible plat d'outre-tombe que j'écris ce livre.
Jean-Edern Hallier « Les Puissances du Mal »
Certaines femmes me provoquent des bouffées de servitude.
Elle : Je ne pourrais pas t'aimer si je ne te connaissais pas au-delà de toi-même.
L'institutrice parlant de N. à l'éducatrice : « Il est incoloriable ».
L'histoire est le récit des sociétés esclavagistes, féodales ou capitalistes constituées par ses trois composantes, la propriété privée, la famille et l'Etat.
Alain Badiou
Il reste maintenant la mort à accepter...
Il avait tellement cassé de sucre sur le dos des gens qu'il était diabétique.
Kleya : Vous voulez renoncer ?
Luthen : Tu dois te montrer attentive. C'est la vie qui nous met en face de ce qu'on a à perdre.
Série « Andor » (saison 2, épisode 10)
Et pour finir, cette pensée de mon amie Grisélidis Réal (lettre du vendredi 29 août 1980 à Jean-Luc Hennig tirée de « La passe imaginaire ») :
On ne vit bien que dans la douleur, pour se laver avant les joies et préparer le terrain pour de grands bonheurs sauvages.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de mai 2025
Il fut demandé à un peintre pourquoi alors qu'il peignait de si belles figures, ses enfants étaient si laids, ce à quoi il répondit : « Je fais mes tableaux le jour mais mes enfants la nuit. »
Documentaire sur Léonard de Vinci « L'art et l'expérience »
L'acacia a été introduit en France en 1601 par le jardinier du Roi Henri IV, Jean Robin, qui tenait ses graines du botaniste anglais John Tradescant, et qu'il s'est empressé de planter dans son jardin sur l'île de la Cité à Paris.
Par temps de grand vent, ne vous hasardez pas auprès d'un acacia (...) Leur bois est cassant et les bûcherons canadiens le surnomment « Widowmaker » (faiseur de veuves ! )...
Source : Michel Bazin dans son blog « kaléidoscope » du 3 mai 2025
Pour vivre, il faut avoir de la liberté et pour avoir de la liberté, il faut avoir du temps.
Pépé Mujica (article d'Isabelle Alonso « Pépé Mjica, te quiero » dans « Siné mensuel » mars – avril 2025)
Il était inquiet pour demain et il est mort hier soir.
(source inconnue via Berny ce lundi 7 avril au marché de Billom)
Il suffit souvent d'être soupçonné comme ennemi pour le devenir.
Madame de Sévigné « Lettres » (à M. de Grignan le vendredi 28 novembre 1670)
Personne ne veut la guerre mais c'est quoi exactement la paix ?
Nha Ca (poétesse vietnamienne) dans le documentaire « Vietnam, naissance d'une nation » de Lucio Mollica, Phillip Gromov et Lena Noad (2024)
Je ne sens ni désir, ni crainte, ni mouvement, ni élan. Je me sens anonyme, impersonnel, l'oeil fixe comme un mort, l'esprit vague et universel comme le néant et l'absolu.
Frédéric Amiel (Journal)
Et pour finir ce mois, ce conseil de mon amie Simone Weil :
Quand vous devez prendre une décision dans la vie, sur ce que vous devez faire, faites ce qui vous coûtera le plus cher.
Jean Lenturlu
Journal de campagne d'avril 2025
Jan Kott met en relief quatre aspects du théâtre shakespearien :
1/ L'histoire comprise comme un grand mécanisme — une roue qui entraîne les pitres et les bourreaux vers la grandeur et vers la chute, pour les remplacer par d'autres bourreaux et d'autres pitres auxquels elle réserve le même destin ;
2/ La subordination de la psychologie à la situation — c'est-à-dire un état du sujet dans le monde et dans la société où la décision et le destin ne sont qu'illusoirement maîtrisés par l'individu, qui croit les dominer alors qu'il est leur jouet ;
3/ La prédominance de la physis sur la loi et la coutume — autrement dit, la fin de la croyance médiévale selon laquelle la rationalité inscrite dans la nature, et donc dans l'être humain, donne à celui-ci les moyens nécessaires pour maitriser ses appétits, agir judicieusement, et se rendre conforme à cette nature dont il s'est écarté à la suite du péché originel ;
4/ Et enfin, le grotesque conçu comme un moyen de décrire la condition humaine après l'effondrement des valeurs, après la chute des dieux.
Richard Marienstras « Shakespeare et le désordre du monde»
Dans la manifestation du 8 mars 2025 pour la journée internationale des droits des femmes, ce slogan rapportée par ma fille Louise qui défilait à Lyon :
Ni papa, ni mari
Ni patron, ni patrie
Ce proverbe arabe : Contrairement à l'estomac, l'esprit ne prévient pas lorsqu'il est vide.
Dans « Vie et destin » de Vassili Grosmann : Avant la guerre, ce camp s'appelait camp pour criminels politiques. Le national-socialisme avait créé un nouveau type de détenus politiques : les criminels qui n'avaient pas commis de crime.
Qui peut dire combien il brûle est dans un petit feu. (Pétrarque)
Pour bien chanter, j'ai besoin de beaucoup d'amour.
Elle recherchait ce qu'elle ne pouvait offrir.
Dans une émeute comme dans un roman, ce qu'il y a de plus difficile à inventer, c'est la fin.
Alexis de Tocqueville
Hier soir, après de mûres réflexions, je me suis envoyé une lettre de rupture.
Et pour finir ce mois en queue de poisson, cette pensée de mon amie Natalie Clifford Barney :
Ce féminin regret de n'être pas davantage femme.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de mars 2025
Je viens d'atteindre les limites de ma vie antérieure.
Lui : En vous donnant à un seul homme, vous volez tous les autres ! (Alexandre dans « La maman et la putain » de Jean Eustache)
La pure imagination n'existe pas. Si je devais définir l'imagination, je dirais qu'il s'agit plutôt de souvenirs mélangés. C'est une faculté qui, comme le rêve, permet de déplacer cette hiérarchie des valeurs qui dominent la vie courante. Tout n'est pas inventé dans ce que je dessine. Il y a même certains éléments (une pose, un regard, un pli de vêtement) que je vais chercher dans les photos de magazines car j'aime qu'un même dessin soit fondé sur une certaine diversité d'intentions et de factures : un détail exactement observé renforcera l'étrangeté d'une situation; telle partie du dessin demandera une exécution lente, une autre sera rapidement couverte, rendu réaliste et stylisation, à-plat et volume pourront coexister. Ma méthode ? Chercher d'abord un prétexte pour dessiner, une idée, que je trouve souvent en lisant ou en regardant des livres. Trouver cette raison pour me mettre au travail, c'est le plus difficile. Après il se produit un entrainement d'un dessin à l'autre. L'unité de cette série de dessins ne résidera pas dans un thème mais dans le laps de temps relativement court durant lequel je les aurai réalisés dans un état assez obsessionnel, si bien que dans ces périodes il m'arrive de rêver de dessins tout faits.
Roland Topor (Propos recueillis par Sylvain Lecombe pour Canal n°23 en 1978)
Ce que j'ai fait de plus intelligent dans ma vie : poser des questions idiotes.
Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et le ciel disjoncta.
Genèse ratée (1,3) rapportée par le prophète Lenturlu
Les jets d'eau que je regarde retombent toujours.
Rémy de Gourmont
Il était un livre ouvert mais qu'avec des pages blanches...
Et pour finir ce mois, cette question existentielle de mon ami poète touareg Hawad :
Combien de temps allons-nous exister sans aujourd'hui, écartelé entre hier et demain ?
Jean Lenturlu
Journal de campagne de février 2025
Elle : Combien de temps vas-tu encore garder ton amour en cage ?
Ecouté le cinéaste Werner Herzog à la radio dire : « Ce que j'ai fait n'est pas à moi. »
Même les analyses conceptuelles de la démocratie affichent toujours une perspective historique (ce qui est assez naturel) : elle consiste à assurer que la démocratie directe n'existe plus, du moins dans des états souverains, qu'on oppose à des unités politiques plus petites ; et cette indiscutables vérité tend à être suivie de l'affirmation qu'une telle démocratie ne peut plus exister à cause de la taille des sociétés modernes (ce qui revient en fait à ignorer que la technique moderne a rendu tout à fait possible un retour à la démocratie directe – que ce soit souhaitable ou non est une autre question - . )
Mogens H. Hansen « La Démocratie Athénienne (à l'époque de Démocrite) »
Petit poème :
Le temps passe et nous restons
Le temps reste et nous passons.
Dans les mémoires de Benvenuto Cellini :
« Il avait apporté des parfums précieux, des drogues fétides et du feu. »
507 romans sont attendus entre janvier et février 2025, c'est quasi 6% de plus qu'en 2024...(source Libération / Datalib et Aldec). Bravo la décroissance de l'économie du livre.
Elon Musk et sa fortune estimée en 2024 : plus de 400 milliards de dollars.
Depuis son association avec le roi Donald T., sa fortune a doublé. Son investissement dans la campagne présidentielle de Donald lui a rapporté mille fois sa mise ( ses fonds électoraux estimés à 277 millions de dollars) et le futur casseur de « bureaucratie » de l'Etat fédéral des USA a depuis 15 ans reçu près de 20 milliards de dollars en contrats d'état, souscrits par la Nasa et le département de la défense. Son entreprise Tesla n'aurait pas survécu sans un prêt d'Etat de 456 millions offert par le département de l'Energie en 2010. (Source Libération / Oxfam)
Cet aphorisme de Fernando Pessoa va comme un gant à notre Elon Musk actuel (qui avant sa conversion était anti- Donald) : « Ce n'est un secret pour personne que des âmes meurent parfois chez un individu pour être remplacées par d'autres. »
Paix à tes anciennes âmes, Elon !
J'aimerais vomir dans de beaux draps avec toi.
Quand elle est arrivée, j'ai tout de suite vu que c'était elle. Les personnes qui vont aux enterrements, sauf si c'est celui de leur mari, de leur mère ou de leur enfant, restent en retrait, sur le côté. Ils ne se mettent jamais dans l'axe de la souffrance des gens, comme si ça pouvait les contaminer. Les plus proches parents, eux, ne peuvent y couper, ils sont le premier rempart entre celui qui est mort et le monde des vivants.
Antonin Sabot « Nous sommes les chardons »
En tant de guerre, la vérité est si précieuse qu'elle devrait toujours être protégée par un rempart de mensonges.
Winston Churchill
Et pour finir dans les sonnets de Shakespeare (mon obsession actuelle), ceci (dites merci à Will) :
C'est surtout quand mes yeux se ferment qu'ils voient le mieux.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de janvier 2025
Mon souffle, je l'ai ici
Mes os, je les ai ici
Ma chair, je l'ai ici
Avec eux je te cherche
Avec eux je te trouve
Mais parle-moi
Dis-moi quelque chose tendre
(Chanson d'amour aléoute du XIXe siècle)
D'après une estimation prudente des scientifiques actuels, notre voie lactée contiendrait 100 milliards d'étoiles... (Je pense qu'ils ont du mettre du temps à les compter une à une)
Cette description originale et étonnante de « l'extra-terrestre » dans un documentaire sur l'Univers par Seth Shostak, astronome à l'institut SETI :
Moi, je pense qu'ils ressemblent à des sortes de boîtes, posées là à la surface de la planète, avec des antennes pour communiquer avec le reste de l'univers. Ce sont des machines. Si vous étiez près d'elles, elles ne vous regarderaient pas, elles resteraient là à ronronner comme toute bonne machine.
Question : Mais ces machines n'auraient pas de concepteurs ?
Si, il y a des créatures pourvues de bras et de jambes qui ont conçu la première version de cette machine. Elles sont quelque part sur un disque dur, dans la machine. L'histoire de leur création sont quelque part dans leur mémoire. J'ignore ce qui nous attend mais ceci n'est pas de la science-fiction.
Ce journal du mois de janvier 2025, mon amie Clow ne le lira pas puisqu'elle devenue une étoile ce lundi 23 décembre et qu'elle reste dans le cœur de tous celles et ceux qui l'ont aimé...
Arshavin regarde sa bague, qui vient de luire.
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Bon, il reste... une minute. La porte va s'ouvrir au signal et il te faudra plonger, tu connais la contrainte. Tu te sens prêt, Lorca ?
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Absolument pas...
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C'est précisément ce que j'appelle être prêt. Cet état d'incertitude fragile, ouverte, qui rend disponible à l'inconnu. Crois-moi, Lorca, quoiqu'il arrive, tu vas vivre l'un des moments les plus intenses de ton existence. Reste ouvert.
Alain Damasio « Les furtifs »
A la réunion des veilleurs, ma collègue C. qui dit : « Il faut juste que je mette mes yeux en face des trous. »
Au marché de Noël de Billom, dans le quartier médiéval, beaucoup de monde qui visite les stands des artisans et une dame, après avoir écouté la rapide présentation de mes livres, me déclare comme un compliment : « Vous avez une belle nappe ».
Envie de mettre sur ma tombe ces mots de Robert Frost (Stopping by Woods on a Snow Evening) :
Mes amis,
Ces bois sont beaux, verts et profonds
mais j'ai des promesses à tenir
et tant de chemin à parcourir avant de dormir.
Un homme fataliste, est-ce celui qui aiment les femmes fatales ?
Jean Lenturlu
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