Journal de campagne du mois de juin 2019
Ce mot sublime de Jean-Luc Godard qui vient de recevoir une tarte à la crème sur la figure : « c'est une revanche du cinéma muet sur le cinéma parlant. »
Je suis au bord du couple.
L'orage gronde et la chaleur canicule...
Après le deuxième verre, ils se regardèrent intensément dans les yeux, comme s'ils voulaient y voir une chose tapie au-delà des pupilles de l'autre, dans quelques lointains replis de leurs consciences. Comme si tout ce qu'ils représentaient l'un pour l'autre se trouvait dans leurs yeux.
Leonardo Padura « Hérétiques »
Je suis un signaturiste.
Ce texte étrange et un peu insolent tiré des mémoires et journaux de Pierre de l'Etoile : Le 5 décembre 1560 mourut à Orléans (d'un mal d'oreille) le roy François II, ayant régné dix-sept mois, dis-sept jours, dix-sept heures, à l'âge de dix-sept ans. Comme le coup d'oeil de son père avait ouvert les yeux à beaucoup de gens, ainsi le coup d'oreille de cestui-cy fit baisser les oreilles à beaucoup, et les crestes aux plus grands, causant par toute la France un notable changement en l'estat et en religion.
(Note de ma part : Son père le Roi Henri II avait lors d'un tournoi reçut une lance dans l'oeil qui quelques jours après provoquait sa mort)
Cette pensée de Joseph de Maistre : Ceux qui ne comprennent rien comprennent mieux que ceux qui comprennent mal.
La perfection de l'inexistence.
Les flots de touristes qui noient le voyageur.
En Chine, pendant les évènements de Tiananmen en 1989, le taux de criminalité a été faible, il y a même eu des petites affiches faites par des voleurs, déclarant qu'ils étaient en grève et qu'ils arrêtaient de voler en signe de soutien aux étudiants.
Documentaire « Tiananmen » de Ian MacMillan et Audrey Maurion (2019)
Le journal de Noël Herpe « Souvenirs/écran. Voyages en France 2017-2018 » où il écrit ceci : « Cette France où je m'enfonce est celle où tout a déjà eu lieu. »
Et pour finir ce mois chaleureux cette pensée de mon ami Albert Camus :
Ce que j'ai longtemps cherché apparaît enfin. Mourir devient un consentement.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de mai 2019
Je pense que j'ai fait des choix justes. Bien sûr que les conséquences sont importantes pour moi mais c'est de toute façon comme ça si vous vivez en Chine. Vous devez payer un prix. Si vous ne choisissez pas mon genre de vie, une vie que la plupart des gens considèrent comme trop dure et trop risquée, alors vous ne paierez pas le prix que je paie ; mais si on y réfléchit, vous devrez payer un prix, un certain prix. Par exemple, vous serez obligé de mentir, vous devrez suivre l'idéologie dominante pour obtenir et conserver un bon revenu, un bon travail. Impossible alors de se préoccuper des morts du 4 juin, impossible d'exprimer la moindre critique envers le gouvernement. En fait, impossible d'exprimer la moindre opinion authentique et tout cela pour une vie matérielle confortable, alors moi, je préfère payer ce prix élevé du danger plutôt que de devenir quelqu'un qui vit dans le mensonge, plutôt que de devenir quelqu'un qui renie sa propre conscience.
Liu Xiaobo extrait du film de Pierre Haski « Liu Xiaobo – l'homme qui a défié Pékin »
Ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on ne peut pas avoir des idées de riche.
Il se passe de jolis petits drames autour de nous. C'est effrayant de penser aux choses qu'on ne sait pas, aux bêtes venimeuses qui se cachent et dont le voisinage est immédiat.
Léon Bloy (Journal Le mendiant ingrat – 31 août 1892)
Je rêve souvent que j'écris des aphorismes.
Cette pensée de John Cage (pour les musiciens mais pas que) :
Quand un bruit vous ennuie, écoutez-le.
Si le clown est triste, c'est tout simplement qu'il est mal payé.
W.C. Fields
Le luxe dans cette époque idiote : avoir le temps de s'ennuyer.
La fête foraine : une fête primitive où l'on gagne parfois des gadgets.
En un instant, l'air semble s'être figé à nouveau ; le couple de faisans des neiges gris-blanc, grêlés aux pattes rouges, pleins de vie, semble n'avoir jamais existé, telle une hallucination. Il n'y a que l'immense forêt immobile et sans fin, mon existence m'apparaît tellement éphémère qu'elle n'a plus de sens.
Gao Xingjian « La montagne de l'âme »
Et pour finir ce mois, cette réflexion de mon ami chinois-chinois Charles B. :
Je ne passe jamais devant un fétiche en bois, un Boudha doré, une idole mexicaine sans me dire : C'est peut-être le vrai Dieu.
Jean Lenturlu
Journal de campagne d'avril 2019
Je suis un explorateur de livres.
Et l'on vient trop tôt dans un monde trop vieux.
Dans son journal (1er juillet 1940) Jacques Brenner écrit : « Il y a deux sortes de gens que je n'aime pas : ceux qui envoient des gifles et ceux qui les reçoivent. »
La lecture : être à la lisière des morts.
Pour tous les nationalistes, cette phrase de Montesquieu : Je suis nécessairement homme, je ne suis français que par hasard.
L'amour est injuste ; il ne tient pas compte des mérites.
Elle croit que les morts ont une âme.
Ne jamais faire d'effort, ou le moins possible, ne m'a jamais empêché d'arriver là où je suis. Où ? Je n'en sais rien, mais j'y suis bien.
Jean-Pierre Marielle
Quand j'entends le mot sécurité, je dégaine ma liberté.
J'ai souvent refusé d'être aimé.
Et il remit lentement ses lunettes pour contempler son existence en ruines...
(le film « La peau douce » de François Truffault)
La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent.
Albert Camus « L'homme révolté »
Dans le beau livre « Le Corps, miroir du monde » qui est un voyage dans le musée imaginaire de Nicolas Bouvier, Jean Starobinski écrit : Tous les animaux laissent des empreintes. Les humains font davantage : ils dessinent des figures. Leurs proies animales, leurs dieux, leurs propres effigies, les Défunts redoutés, et les grandes Mères. De cette même industrie sont issus des corps dégagés de la pierre, sculptés dans le bois ou modelés dans de l'argile. Ce que nous avons retrouvé des peintures rupestres du paléolithique supérieur nous bouleverse. Les hypothèses sur leur fonction se sont donné libre cours. On y a vu - solution de facilité - un acte de naissance de ce que nous appelons l'art.
Pour finir ce mois, une pensée de mon ami Louis Scutenaire :
Je prends le monde tel que je suis.
Jean Lenturlu
journal de campagne de mars 2019
Pour la journée des femmes, ce 8 mars, je trouve dans le journal de Jacques Lemarchand le mercredi 3 juin 1942 la phrase d'une de ses amantes, Genevièce K. qui dit : « Je suis fatiguée que tout le monde me prenne pour une femme. »
Pour gagner de quoi vivre, je ne dispose que des produits dérivés de ma peur.
Roland Topor (Jachère party)
Jean Starobinski, qui vient de mourir à 98 ans, avait confié aux archives littéraires de la Bibliothèque Nationale Suisse à Berne son fonds d'archives : 40 000 livres.
En exergue sur ma tombe – urne :
Et ma cendre sera plus chaude que leur vie.
Marina Tsvetaeva
Où trouve-t-on ailleurs des fêtes publiques annuelles, qui plus est religieuses, qui soient à brocarder continûment les institutions les plus chères, et, fait remarquable encore, à des plaisanteries et discours contre la guerre, au milieu d'une guerre importante et décisive, le tout étant une activité d'Etat, depuis le choix initial des pièces jusqu'au couronnement final du drame vainqueur ?
Moses I. Finley « Les Anciens Grecs »
Conscient d'être coincé entre sa naissance et sa mort, il notait sur tous les formulaires administratifs qui lui demandaient son statut juridique : NEANT.
Ecouté hier Geoffroy de Lagasnerie à la radio qui a dit : L'état est un inventeur de douleurs.
Je ne suis pas égal à moi-même.
Quand elle se baissa, son string remonta sous son pantalon et apparut au centre de ses reins un petit cœur qui m'invitait à l'aimer encore.
Dans le tome 5 du journal de Jacques Brenner (le Saint Simon du monde littéraire français des années 1950 à 1993) je trouve ceci : La femme de Christian Beck (poète belge ami d'Alfred Jarry) écrit au lendemain de la mort de son mari : Aujourd'hui moins qu'une chose, et demain une horreur répugnante. Où est ton âme, loin de ton corps désert ? Le vent fait grincer les ferrailles du cimetière. La pluie tombe gluante. La terre pèse sur toi. Pour te revoir vivant, il n'est chose que je ferais. Pour tirer du néant ton regard vert.
Se désinfecter à l'amour.
Ouvre les yeux et les jambes ! Dit-elle à sa fille Marie-Thérèse d'Autriche.
Et pour finir ce mois de mars, une pensée de mon ami Fernando P. :
Dieu est l'homme d'un autre Dieu plus grand.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de février 2019
Il y a beaucoup d'écrivains qui sont morts et qui ne le savent pas.
Cette femme dans une librairie qui apprécie mon travail littéraire et qui me dit avec une conviction comique : « Continuez ! » et elle part sans m'acheter de livre.
Ce TSMM dédicacé à C.C. depuis plus de deux ans maintenant et qui attend, pitoyable, sa dédicataire, m'est insupportable à la vue. Il représente la souillure de son inimitié et sa désinvolture d'écrivaine riche. Un jour, je vais l'autodafer (le livre, pas C.C.).
Elle sentait la chair fraîche (lui avait de la bidoche) et ils étaient végétariens.
Allé à la médiathèque de Croix-Neyrat à Clermont-Ferrand, il y a quelques semaines. Au rayon poésie, il y avait toujours mon premier livre-disque « La forêt des hommes perdus » qui paraissait immaculé, ce qui n'est pas bon signe en bibliothèque. Il était tout beau malgré ses 12 ans d'âge. Il était peut-être déjà mort, attendant le désherbage fatal ? Je l'ai pris en photo au milieu des autres, comme quand je vais au cimetière voir la tombe de mon père.
La lettre d'injure est une sorte de genre littéraire qui a tenu une grande place dans notre siècle, et non sans raison. Je crois que personne ne peut douter que moi-même, sur ce point, j'ai appris beaucoup des surréalistes et, par dessus tout, d'Arthur Cravan. La difficulté dans la lettre d'injure ne peut pas être stylistique. La seule chose difficile, c'est d'avoir l'assurance que l'on est soi-même en droit de les écrire à l'occasion, pour certains correspondants précis. Elles ne doivent jamais être injustes. Guy Debord « Considérations sur l'assassinat de Gérard Lebovici »
Remettre à plus tard le plaisir de faire l'amour.
Quand il y a du vent, cette envie de m'envoler...
Je me refuse à toute forme d'explication.
Il y a bien sûr une subjectivité à l'oeuvre dans un film, celle de celui qui a pensé le film, mais ensuite il y a le hasard absolu, l'imprévu, et une machine qui transforme cet imprévu en définitif. Ça devient compliqué de continuer à parler d'un « auteur » qui saurait tout sur son film. Rossellini n'est pas l'auteur d'Ingrid Bergman, Hitchcock non plus, pas plus qu'elle n'est auteure d'elle-même. Le plus vraisemblable, c'est que la caméra soit l'auteure du film.
Mariano Llinas (pour la sortie de son méga-film « La flor » - entretien dans libération du 5 mars 2019)
Pour finir ce mois, à mes amis vignerons de vin naturel, cette anecdote trouvée dans le dictionnaire du Diable d'Ambrose Bierce sous l'entrée « Connaisseur » :
Un vieil amateur de vin avait été sérieusement blessé lors d'une collision ferroviaire, un peu de vin lui fut donné à boire pour le ranimer. « Pauillac 1873 », murmura-t-il dans son dernier soupir.
Jean Lenturlu
journal de campagne de janvier 2019
La question qui revient tout le temps : Comment faire travailler les pauvres ?
Pierre-Francois : Je n'ai pas de vanité, je n'ai que de l'orgueil, et je suis sûr de moi ; absolument sûr. Petit voleur par nécessité, assassin par vocation, ma route est toute tracée, mon chemin est tout droit, et je marcherai la tête haute. Jusqu'à ce qu'elle tombe dans le panier, naturellement ! D'ailleurs, mon père me l'a si souvent dit : Pierre-François, vous finirez sur l'échafaud.
Garance : Vous avez raison, Pierre-François, faut toujours écouter ses parents.
Jacques Prévert « Les enfants du Paradis » film réalisé par Marcel Carné
(dialogue entre Pierre-François Lacenaire et Garance)
De toutes les aberrations sexuelles, la plus singulière est peut-être encore la chasteté.
Rémy de Gourmont (Physique de l'amour)
L'écriture ouvre les caveaux et les cieux derrière lesquels se cachent les anges prophétiques.
Sylvia Plath « Journal » (Mercredi 17 juillet 1957)
« Sortons faire l'histoire », m'a dit Emma. « L'histoire ? » Comment fait-on l'histoire ? » « Regarde-moi faire, a-t-elle répondu. Je fais l'histoire tous les jours en étant moi-même, en allant là où je vais, en descendant dans la rue, tout simplement. En m'arrêtant, en parlant, en faisant les courses. Oui, en entrant dans une épicerie pour acheter des conserves. Quand ils me voient, les gens laissent tomber leurs courses, les voitures se rentrent dedans, les épiciers s'arrêtent de vendre, les policiers deviennent nerveux et les Noirs s'éclipsent, par crainte d'une émeute. Alors, je sais que je fais l'histoire. Ce serait dangereux pour un garçon, mais je m'en tire bien. Je ne fais qu'obéir à la loi – la nouvelle loi dans cette ville. Je lui obéis. »
Leonard Freed « Black in White America » (Loi contre la discrimination raciale dans les lieux publics aux Etats Unis)
Je suis très déçu par mon salaire de Janvier : 952 €. Je ne vais plus adresser la parole à mon patron.
Dans le film de Guy Debord « In girum imus nocte et consumimur igni », cette dernière phrase :
La sagesse ne viendra jamais.
Dans l'édition du journal Libération du mercredi 12 janvier 2019 ce témoignage :
« Les gilets jaunes entonnent un des chants emprunté au répertoire des supporters de foot : « Emmanuel Macron oh tête de con, on va te chercher chez toi ! » L'un d'eux ajoute : « Le problème, c'est qu'on sait pas où il habite. Le type, il est jamais là. A mon avis, il se planque dans la piscine avec Benalla. »
Dans son journal, Yaël Pachet écrit ceci qui me trouble : « La relation avec un parent, au-delà d'un certain âge, est forcément archéologique, elle nous fait être, maintenant, au passé. La mort de nos parents nous libère de leurs vieillesses, elle nous rend d'une manière malheureuse nos paradis d'enfants perdus, on a parfois hâte d'être mort pour avoir le temps de repenser à tout ça. »
Et pour finir ce mois de janvier, cette pensée de mon ami Henry David Thoreau :
La vie est trop courte pour qu'on soit pressé.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de décembre 2018
J'écoute les chansons de Gianmaria Testa et dans « Petite Reine » écrite par Arthur H, il chante : « La vie c'est bien court quand on court après l'amour »...
Je suis un gilet jaune qui s'ignore (volontairement).
J'ai toujours eu l'ambition d'échouer.
Charles Bukowski dans une lettre à John William Corrington en 1961 écrit : « Tout ce que nous pouvons faire c'est travailler à contre-courant du mieux que nous le pouvons. » C'est ce que je nous souhaite pour 2019...
Cette femme à la librairie des Volcans ce vendredi 14 qui me dit : « Je préfère être avec un ministre qu'avec un nain de jardin à l'haleine fétide. » (je précise qu'elle ne parlait pas de moi)
Son sourire était proportionnel à la haine qu'elle éprouvait pour moi.
Quelques fois une infinie nostalgie du futur que je ne vivrai pas m'étreint le cœur.
Sylvia Plath, dans ses journaux (15 juillet 1957) écrit : "Il faut juste travailler, aller creuser dans les gisements de l'expérience et de l'imagination, laisser les mots venir et tout dire, s'écoutant et se dégustant eux-mêmes".
Avant de se suicider lui écrire : bois à mon courage !
Dans une tribu en Afrique subsaharienne quand un homme a fait quelque chose de mal, il est placé devant toute sa tribu, et tous les hommes et toutes les femmes lui disent ce qu'il a fait de mieux dans sa vie.
Alexandre Romanes « Le luth noir »
Comme le dit si bien Frédéric H. Fajardie : « Le capitalisme est une association de malfaiteurs à but lucratif. »
Encore tirées du journal de Sylvia Plath (que j'aime), ces phrases écrites en 1953, plus actuelles encore aujourd'hui : A notre époque de vitesse, de psychologie et d'humeur, si rapide et si complexe, il est tout aussi impossible de connaître vraiment quelqu'un que de se connaître réellement soi-même.
De recevoir « Les ronces » d'une auteure écorchée (Cécile Coulon) n'est pas vraiment étonnant.
Et pour commencer l'année en beauté, cette annonce (collectée par Julien Green) :
La maison Flammarion nous signale que l'Amant de Lady Chatterley est épuisé.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de novembre 2018
Nous devrions tous prendre des cours d'extase.
Dans ses carnets de guerre (1914-1918), Ernst Jünger écrit le 29 juin 1916 : Si l'on vous demande quel est l'endroit le plus effroyable sur le champs de bataille, vous répondez inévitablement : « le poste de secours ».
Dans un documentaire sur le photographe Robert Mapplethorpe, Fran Lebowitz le décrit de cette manière : Il avait l'air d'un Cupidon déchu.
Ainsi nous allâmes jusqu'à la lumière, parlant de choses qu'il est beau de taire comme il était beau d'en parler là où nous étions.
Dante « La divine comédie » (Enfer, chant IV)
Les révolutions sont des révoltes mal organisées.
"Jean Lenturlu en toutes lettres" : spectacle littéraire d'environ une heure qui coûte 300 € et qui fait penser les oreilles ! (publicité)
Boire des bières
en écoutant Schubert
Et le voyage d'hiver
pour aller en enfer.
Avoir foi en sa propre attitude, c'est se fonder sur une qualité lamentablement relative et capricieuse.
Sylvia Plath (Journal 3 novembre 1953)
Nous ne voyons pas l'horizon de notre bêtise.
Voilà ce qu'ils nous disent : Il faut réduire (un peu) notre train de vie pour retarder de quelques minutes l'apocalypse.
Quoi qu'il arrive, il est sûr du contraire.
Toute cette poésie, partout, qui nous rend fou, dans notre lit, au travail, sur les barricades, au stade de foot, dans les théâtres, au cinéma et dans les chantiers publics, pourquoi voulons-nous mourir ?
Face aux autres moi-mêmes, je m'horripile.
Je suis un cadeau de noël ambulant jusqu'au 29 décembre cette année.
Pour finir ce mois, ce mot d'Umberto Eco : Si Dieu existait, ce serait une bibliothèque.
Jean Lenturlu
Journal de campagne d'octobre 2018
Commençons ce journal d'octobre par de l'anglais (Gertrude Stein) que je verrai bien en prélude exterminator sur toute discussion sur l'écriture et la littérature : To write is to write is to write is to write.
Ce petit poème de Thomas Vinau (extrait du recueil « Juste après la pluie ») :
"Mes yeux
sont des mains
qui ont
la bouche ouverte."
Et puis maintenant il faut tout boire.
Ils ne manquent pourtant pas d'air et ils ont quand même appelé leur enfant Ventoline.
La douleur de ne pas mourir tous les matins.
« Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux » écrit Guillaume Apollinaire dans « Zone »
Autre poète : Charles Bukowski (il a brûlé dans son sommeil) qui écrit à Jory Sherman en 1961 ceci : (…) Il faut oublier cette poésie, nous devons aller vers des peintures crues, nous devons aller vers les éclaboussures. Il faudrait obliger l'homme à écrire au milieu d'une chambre remplie de crânes humains, de morceaux de viande crue suspendus au plafond et mordillés par de gros rats paresseux, une chambre sans prise de courant, sans musique, où le regard ne puisse que plonger dans une atmosphère humide et détrempée d'amour et de haine (...) »
Louise, ma fille de 13 ans, qui me lit ce qu'elle a écrit de moi il y a quelques temps déjà et qui me stupéfie : Mon père est livrilique : il est bourré de livres.
Dans son livre (que je n'ai pas lu) « La sémantique » Pierre Guiraud écrit : Les mots n'ont pas de sens, ils n'ont que des emplois.
On attend toujours Dieu depuis 2 000 ans qu'il revienne nous voir. Il est en retard.
J'aimerais écrire un polar sans crime et sans enquête pour que tout se termine mal.
A Nevers, Wilfrid mon ami libraire m'a fait découvrir un livre vertigineux : "La douce indifférence du monde" de Peter Stamm : « On dit qu'une maison n'est achevée qu'une fois tombée en ruine. »
Dans un des poèmes du recueil « Va où » de Valérie Rouzeau avec qui j'ai bu une bière à Nevers ce samedi, j'ai trouvé ceci : Si je n'ai plus toutes mes dents comme aujourd'hui à trente deux ans c'est que j'aurai beaucoup mordu.
Et pour finir ce mois d'octobre, cet anti-poème de votre serviteur intitulé « Rien » qu'on peut hurler dans un salon littéraire ou une rencontre poétique :
Non rien de rien
rien – rien – rien
il ne reste rien de rien
(petit silence)
donc tout.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de septembre 2018
Je suis un homme riche : j'ai une bibliothèque.
Chez certaines lectrices, je sens bien qu'elles achètent mes livres par tendresse.
« Les livres savent de nous des choses que nous ignorons » écrit Gaëlle Josse dans « L'ombre de nos nuits ».
Depuis que j'ai la barbe (un mois), plus personne ne m'appelle Madame.
Je ne vieillis pas, je prends de l'âge.
Charles Aznavour
J'aimerais t'aimer comme un petit poisson en cage.
Dans le journal de Jane Birkin : Alors voilà, un peu effrayée par ce nouveau sentiment. Je touche ma bouche et songe : est-ce cette blessure-là qui sourit ?
Ceux qui sont heureux n'ont que ce qu'ils méritent.
Dans le livre passionnant de Jean-Louis Brunaux « Les Gaulois, vérités et légendes » :
Quand les Gaulois paraissaient, ils le faisaient en une masse monstrueuse : plusieurs centaines de milliers d'individus, guerriers, valets, femmes et enfants, mais aussi bêtes de somme, en une longue file de chariots. Leur foule, suivant la configuration du terrain, présentait un front de plusieurs centaines de mètres et s'allongeait sur des dizaines de kilomètres. Aucune culture, aucun village ne résistait à ce passage d'autant que les migrants, leurs vivres épuisés, se nourrissaient, eux et leurs bêtes, sur place. Il n'était pas d'armée conventionnelle pouvant résister à un tel nombre. Aussi l'arrivée des Gaulois était vécue comme une calamité naturelle aussi terrible que la plus grande épidémie.
L'état respiratoire de la plupart de ces petits enfants en manque d'amour parental montre bien que l'air des poumons est sensible à la tendresse affective.
Le secret le plus dangereux est celui qui n'existe pas. Umberto Ecco
Et pour finir ce mois, une pensée de mon ami Marcel :
Le miracle, ce n'est pas Dieu, c'est nous.
Jean Lenturlu
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