Journal de campagne de décembre 2023
Au salon du livre de Chazelles-sur-Lyon, cette dame qui fait cette confidence troublante à une auteure à côté de moi : « J'aime bien avoir un gros livre entre les mains. »
Je n'ai pas du tout envie de me connaître.
J'avoue de bonne foi que les auteurs laborieux et diligents auront lieu de me regarder comme un écrivain peu actif. J'ai mis plus de quatre années à la composition de ces deux volumes. D'ailleurs, ils sont parsemés de longs passages qui ne m'ont dû rien coûter : rien de ce que je dis de mon chef ne sent un auteur qui retouche son travail, et qui châtie la licence de ses premières pensées, et du premier arrangement de ses paroles.
Pierre Bayle « Dictionnaire historique et critique » (Préface de la première édition – 23 octobre 1696)
Ce que j'ai à te dire demanderait du temps et de l'espace.
En vieillissant, on commence à ressembler à tout le monde.
Marcel Dalio dans l'émission « Le cinéma des cinéastes » de Claude-Jean Philippe (mars 1976)
Le magnifique sourire de la dame qui rentre dans la librairie (Mâcon).
Cette dame qui vient voir la psychanalyste Anne Dufourmantelle et qui lui demande : « Je voudrais que vous me débarrassiez de l'amour ».
Il paraît que les Praguois avaient voulu tuer un dindon, mais comme ça leur faisait pitié de lui couper la gorge, ils lui ont donné du Véronal, ils l'ont plumé et ils l'ont plongé dans l'eau. Mais ensuite le dindon s'est réveillé et comme il aurait eu froid sans ses plumes, ils lui ont tricoté un pull-over, alors le petit dindon se promène en pull-over.
Petr Ginz « Journal 1941-1942 » (vendredi 20 novembre 1942)
Emma Peel me manque.
Les fleuves m'ont toujours attiré. Leur fascination réside peut-être dans le fait qu'ils passent constamment en demeurant inchangés, qu'ils s'en vont tout en restant, en ce qu'ils sont une sorte de représentation physique de l'histoire, qui n'est que dans la mesure où elle passe. Les fleuves sont l'histoire. Il y a tant de pays que l'on ne peut comprendre sans parcourir leurs fleuves.
Tiziano Terzani « Bonne nuit, Monsieur Lénine »
Et pour finir ce mois de boules de noël, cette question – réponse de mon ami Albert Camus dans ses carnets (1945-1948) :
Pourquoi suis-je un artiste et non un philosophe ?
C'est que je pense selon les mots et non selon les idées.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de novembre 2023
Ce 2 novembre 2023, j'ai vu passé devant moi une belle intello bobo à vélo.
Les aphorismes tombent comme des fruits mûrs dans ma tête.
Les grossiers de l'écran se noient dans des tempêtes médiatiques de verre d'eau.
Je suis quelqu'un qu'on oublie facilement.
Je rêve parfois de n'avoir qu'un livre dans ma bibliothèque.
Belle définition de nos gouvernants (et de nous-mêmes) trouvée dans l'Iliade d'Homère (vers 251) :
Roi mangeur de peuple, qui règne sur des hommes de rien.
Une année lumière équivaut à dix mille milliards de kilomètres : On a intérêt à partir tout de suite.
On est en 1938, on est à Berlin. Il y a sept juifs qui se promènent dans la rue. Ils marchent. Ces sept juifs voient sur le même trottoir deux allemands qui arrivent. Il y a un des juifs qui dit : « Changeons de trottoir, ils sont deux , nous sommes seuls. »
Joël Kotek « Histoire de l'antisémitisme » (documentaire de Jonathan Hayoun)
Il garda toute sa vie le goût du sublime et mit son zèle à fabriquer de grandes circonstances avec de petits évènements.
Jean-Paul Sartre « Les mots »
Il n'y a malheureusement pas de contradiction entre la justesse d'un acte et le fait que cet acte soit une injustice.
Franz Kafka « Lettre à Ottla » (28 décembre 1917)
Ce monsieur à Bourg-en-Bresse qui dit à ses deux amis en me désignant avec mes livres :
« Lui, c'est un écriteur ! »
Elle : « Lenturlu », c'est pas un nom d'ici !
Lui (c'est-à dire moi) : Non, c'est un nom d'ailleurs.
(Au château de Marmanhac le 9 octobre 2023)
Lui écrire sur son bras : « J'aime t'aimer de loin et aussi de très près ».
Ses yeux sont tellement profonds que j'ai du mal après l'avoir regardée à remonter à la surface.
C'était un Dieu tellement vieux qu'il ne savait plus qui il était.
Et pour finir ce mois funèbre, cette pensée de mon ami Friedrich Nietzsche (Par-delà bien et mal) :
Il est atroce de mourir de soif au milieu de la mer. Faut-il donc que vous saliez vos vérités au point qu'elles ne soient mêmes plus bonnes à étancher la soif ? »
Jean Lenturlu
Journal de campagne d'Octobre 2023
Un iceberg c'est comme un monument en ruine. Il produit naturellement une nostalgie.
Anne -Sophie Subilia « Neiges intérieures »
La définition de la vie par le grand physicien et chimiste Ilya Prigogine :
« Phénomène d'auto-organisation de la matière évoluant vers des états de plus en plus complexes. »
Il y a un groupe qui joue des reprises de Cure. Ils sont venus nous voir en backstage après l'un de nos concerts, et je leur ai demandé ce qu'ils avaient pensé du show. Le chanteur, qui est donc censé être moi, a répondu : « On sonne beaucoup plus Cure que vous. »
Robert Smith (1996)
Une fois de plus, il tomba sur le répondeur. Il raccrocha en entendant sa propre voix lui annoncer qu'il n'était pas là.
Michael Connelly « L'envol des anges »
Avant de mourir, je rêve de tomber dans un coma idyllique.
Qui aurait dit, il y a un million d'années, qu'une espèce augmenterait ses neurones et le volume de son crâne, malgré l'étroitesse du bassin de ses femelles, au point de devoir faire naître ses petits avant terme ?
Albert Jacquard « Le monde s'est-il créé tout seul ? » (ouvrage collectif)
Louise, fatiguée par sa journée, qui me dit ce soir :
« Demain, on coupe les téléphones et on dort jusqu'à épuisement ».
Dieu, qui est partout, était là mais étant ce qu'il est, un pur esprit, il ne pouvait pas voir la peau de l'un toucher la peau de l'autre, la chair de l'homme pénétrer la chair de la femme, toutes deux créées à cette fin, et probablement n'était-il déjà plus là quand la semence sacrée de Joseph se répandit dans l'intérieur sacré de Marie, sacrés tous deux car ils étaient la source et la coupe de la vie, en vérité il est des choses que Dieu lui-même ne comprend pas, bien qu'il les ait créées.
José Saramago « L'évangile selon Jésus-Christ »
Cette remarque d'Helvétius :
Fontenelle dit qu'il est assez singulier de perdre successivement la vue, l'ouïe, la mémoire, et de se trouver dans la classe des plantes et des végétaux, après s'être vu Fontenelle.
Pour finir ce mois, cette pensée philosophique de mon ami Friedrich Nietzsche dans « Par delà bien et mal » : Les hommes graves et mélancoliques s'allègent précisément par ce qui alourdit les autres, par la haine ou l'amour, et viennent quelques fois à leur propre surface.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de septembre 2023
Quel beau pays et comme la Cordillère des Andes est extraordinaire ! Je m'y suis retrouvé à 6500 mètres d'altitude, à la naissance d'une tempête de neige. Tous les pics lançaient de la neige comme des volcans et il me semblait que toute la montagne commençait à bouillir.
Antoine de Saint-Exupéry « Lettres à sa mère » (25 juillet 1930)
Peu de gens savent que les abeilles sont des guêpes qui sont devenues végétariennes.
Je suis un pessimiste qui croit à l'avenir.
A la foire à l'ail à Billom où j'ai mon stand de livres vers le creux du marché, un gros monsieur me demande si je vends des tire-bouchons. Je lui réponds avec le sourire que j'écris des aphorismes et que ce sont des tire-bouchons de l'esprit. Il part en me disant : « Je ne vais pas discuter avec vous, vous allez me soûler ! »
Il y a plusieurs façons de réagir à cette mise en parallèle syncrétique d'une découverte scientifique et d'une croyance métaphysique.
La plus simple est de rappeler que les religions et les mythes s'intéressent à l'absolu, qu'on ne peut décrire que par métaphores symboliques, alors que la science et ses instruments ne mesurent et n'expliquent que le relatif, qu'elles décrivent par des théories sans cesse renouvelées.
Patrice Van Eersel « Le monde s'est-il créé tout seul ? » (Introduction)
Elle pestiférait sur sa chaise.
Au milieu de ces enfants, oiseaux blessés qui crient et pleurent dans leur sommeil au plus profond de la nuit, je navigue tel un capitaine au bateau égaré dans les profondeurs du désespoir.
L'homme qui ne médite pas vit dans l'aveuglement, l'homme qui médite vit dans l'obscurité. Nous n'avons que le choix du noir.
Victor Hugo
Dés les années 1940, la question du statut juridique des nuages s'était d'ailleurs posée : quand des ingénieurs américains ont fait pleuvoir précocement un nuage qui se dirigeait au nord de leurs frontières, le Canada les a accusés de leur avoir « volé la pluie ».
Marielle Macé « Respire »
J'ai toujours détesté le désir de la pudeur des autres porté sur mon corps. La première c'est ma mère qui pour m'éduquer me demande de ne jamais m'asseoir les jambes écartées. En arabe, elle me disait « range-toi ». L'idée était de ne pas attirer l'oeil sur la possibilité de mon vagin. (Que je portais sur moi). On me sexualisait malgré moi.
Dalie Farah « Tenue conforme » chronique sur son site www.daliefarah.com
Et pour finir ce mois de septembre, cette pensée de mon ami Fernando Pessoa :
Dieu est l'homme d'un autre dieu plus grand.
Jean Lenturlu
Journal de campagne du mois d'août 2023
On ne fait de la science que lorsqu'on fait un pas dans l'inconnu. Lorsqu'on accepte d'envisager une possibilité qui ne semble pas raisonnable. Lorsqu'on envisage une solution qui paraît instinctivement un peu ridicule.(..) En première instance faire de la science c'est envisager l'improbable. L'instinctivement ridicule. Et faire ce saut dans le vide. Et le problème, c'est le parachute. Tous les présupposés inconscients qui amortissent notre pensée pour la ramener délicatement dans des contrées bien connues.
Ludovic Slimak « Le dernier néandertalien »
Dominique Bertail explique dans le Hors-série Le Monde numéro spécial 60 ans « Blueberry une légende de la bande dessinée » :
Là où la BD est encore plus puissante que le cinéma, c'est qu'à l'écran le temps et le mouvement sont imposés au spectateur. Alors que la BD propose au lecteur quelques éléments pour qu'il puisse ensuite créer lui-même le spectacle qu'il regarde ! C'est le lecteur le maître du temps, du mouvement et du son, sans même qu'il s'en aperçoive.
Le meilleur exemple reste sans doute cette lettre envoyé par un enfant à Hergé après avoir vu « Tintin et le mystère de la Toison d'or » au cinéma pour se plaindre que « le capitaine Haddock n'a pas la même voix que dans les albums. »
Se rappelant un ami disparu, Deborah Levy écrit : « Ensemble nous avions des pensées libres et profondes, sans honte, sans jugement, sans rectitude, des mots s'ouvraient comme des fleurs. »
Deborah Levy « La position de la cuillère »
Elle me raconte les choses qu'elle a faite dans sa vie et conclut : « Je suis la reine de l'éphémère ».
Dans Libération ce jeudi 6 juillet 2023 :
Devant la 16ième chambre du Tribunal de Nanterre mardi 4 juillet, Ilyès jugé en comparution immédiate pour « provocation directe non suivie d'effet à un attroupement armé », « menace de crime ou de délit » (…) à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique », « menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet ». Ilyès : « Quand j'ai vu la voiture de police dans ma rue, je me suis rappelé ce qui s'était passé, et je me suis dit : Internet, c'est la vraie vie. »
Il paraît que la tendance chez les mères violentes est de se fier aveuglément aux ouvrages sur l'éducation. Ces livres n'offrent rien de plus que de simples critères, mais elles sont persuadées que l'éducation de leur enfant doit absolument s'y conformer. Dans la réalité, il est impossible que les choses se passent exactement comme dans les livres, et les enfants osent sans cesse de nouveaux problèmes. Le phénomène se répète, et, à force, la mère deviendrait agressive et n'arriverait plus à se contrôler. C'est alors que commencerait la maltraitance.
Keigo Higashino « La maison où je suis mort autrefois »
Milan Kundera expliquait comment, dans toute son œuvre, le compositeur Leos Janacek (1854-1928), n'avait pas seulement cherché à « se débarrasser des stéréotypes rythmiques, mélodiques ou métriques ». Mais comment il avait tenté de « comprendre l'énigme de la sémantique musicale », « le vocabulaire psychologique des intonations ». Il voulait capter les émotions humaines. Il a même noté le dernier soupir de sa fille agonisante. C'était une tierce mineure descendante.
Et pour finir ce mois, cette pensée cosmique de mon ami Achille Chavée :
Vous aurez beau fouiller le ciel vous n'y trouverez que des étoiles qui vous demanderont d'où elles viennent.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de juillet 2023
Dans « Feux », Marguerite Yourcenar écrit : L'amour est un châtiment, nous sommes punis de n'avoir pu rester seul.
A. ma coiffeuse excentrique qui me dit en me coupant les cheveux avec un rasoir :
« J'aime beaucoup les gens morts ».
La vérité, que Zakhar ne pouvait ignorer, c'est que « notre Edouard » lui-même a raconté sans fard et même avec une certaine forfanterie, dans son premier livre, une aventure homosexuelle avec un jeune noir : je ne faisais dans mon propre livre que reprendre son récit. Quand j'ai revu Limonov à Moscou, un an ou deux après, nous avons évoqué cette philippique de son fougueux disciple. Il a eu son petit rire sec et a dit : « Comme être humain, je ne regrette pas du tout d'avoir fait cette expérience. Comme écrivain, je ne regrette pas du tout de l'avoir racontée. Mais comme homme politique en Russie, il faut reconnaître que c'est un problème. C'est vraiment un pays de cons ».
Emmanuel Carrère « Le cas Prilepine » (article dans l'Obs du 18 mai 2023 qui traite de l'écrivain russe Zakhar Prilepine, gravement blessé dans un attentat à la voiture piégée le 6 mai 2023)
Je suis un homme à flammes.
Dans Le Monde (cahier « Sciences et médecine ») du mercredi 21 juin, ce petit encart qui traite d'entomologie : Des mouches vieillissent plus vite à la vue d'autres mouches mortes. « Placer des cadavres de mouches à leurs côtés accélère le processus de vieillissement de ces insectes et réduit leur durée de vie de 30%. Les chercheurs ont identifié deux types de neurone, R2 et R4, qui sont activés lorsque les mouches sont entourées de drosophiles mortes. Stimuler ces neurones chez des mouches en dehors de ce contexte morbide a eu le même effet sur leur vieillissement. »
La beauté de toutes ces femmes qui dansent et que je regarde aussi dans les miroirs de la salle, instant magique d'être l'unique spectateur de cette émotion inoubliable. (Ce 26 juin invité par Mélisa Noël à l'atelier adulte de l'école de danse de Billom)
-
Si la maison brûlait, qu'est-ce que vous emporteriez ?
-
Le feu.
Jean Cocteau
Dans ses beaux yeux verts, je vis tout de suite s'allumer une lueur de désintérêt.
Cette phrase de Michel Edo, un des libraires de Lucioles à Vienne : « Un yaourt n'est jamais mauvais, c'est la personne qui le mange qui est périmée. »
Après les émeutes (mot que je n'aime pas), la révolte (c'est beaucoup mieux) des « quartiers » (sous-entendu pauvres) après l'assassinat de ce jeune de 17 ans par un policier suite à un banal contrôle routier, beaucoup de haine de tout côté et de discours de toutes sortes, une petite phrase récoltée dans un article de Libération ce lundi matin 3 juillet de l'auteur indien Aravind Adiga qui résume bien la situation actuelle : « La vengeance est le capitalisme des pauvres ».
Pour finir ce mois qui commence chaudement (sans être chaleureux), cette pensée de ma fille Louise qui fait de la poésie sans le savoir (comme tous les enfants) :
« J'ai rêvé qu'on avait oublié qu'aujourd'hui était demain ».
Jean Lenturlu
Journal de campagne de juin 2023
Dans le monde capitaliste et numérique, il y a une curiosité prédatrice de la vie des gens. L'expression de la vérité est captée et utilisée comme une marchandise.
Marion Siéfert mettrice en scène de la pièce de théâtre « Daddy » (Libération du lundi 15 mai 2023)
A la librairie des Volcans ce samedi 20 mai 2023, ce vieux monsieur qui me dit : « Vivement une bonne dictature, on pourra enfin se révolter. »
Le premier acte de la Révolution, en 1788, fut donc marqué par le triomphe de l'aristocratie qui, profitant de la crise gouvernementale, crut tenir sa revanche et ressaisir l'autorité politique dont la dynastie capétienne l'avait dépouillée. Mais, ayant paralysé le pouvoir royal qui servait de bouclier à sa prééminence sociale, elle a ouvert la voie à la révolution bourgeoise, puis à la révolution populaire des villes, enfin à la révolution paysanne – et elle s'est retrouvée ensevelie sous les décombres de l'Ancien Régime.
Georges Lefebvre « Quatre-vingt-neuf »
Dans l'obscurité de ma vie, j'aperçois quelques lueurs.
Cette femme commerçante qui demande à une autre femme commerçante : « Votre mari est ouvert ? »
Les temps modernes sont nés avec une idée optimiste selon laquelle l'homme (grâce à la science et à la technique) deviendrait maître de la nature et de la planète. Après deux siècles de révolution technique, le sort de la planète a complètement échappé à l'homme, qui n'est même plus maître de sa propre survie.
Milan Kundera
Je préférerais aller en enfer car c'est dans ce lieu que sont les morts intéressants.
L'avenir du film est entre les mains du poète et de sa caméra. Cachés sont les disciples de la foi en un cinéma pur, même en cet âge invraisemblable. Ils font secrètement leurs modestes « feux d'artifice », les montrant de temps en temps ; ils passent inaperçus dans l'éclat des « cascades d'argent » du cinéma commercial. Peut-être une de ces étincelles libérera-t-elle le cinéma.
Kenneth Anger (cinéaste mort le 11 mai 2023) article « Modestie et art du film » (1951)
Boire était facile,
aimer devait s'apprendre.
Simon Johannin
(extrait poème du recueil
" Nous sommes maintenant nos êtres chers ")
Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans le clair-obscur surgissent les monstres.
Antonio Gramsci
Et pour finir cette question-réponse que nous provoque la lecture de l'oeuvre de mon ami George Orwell trouvée dans l'émission « Une vie-une oeuvre » sur France Culture consacrée à l'auteur de « 1984 » :
Qu'est-ce qui nous préserve, nous garantit contre le totalitarisme ? Rien, sinon nous-même.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de mai 2023
Conseil amical de mon amie Sarah Bernhardt :
Il faut haïr très peu car c'est très fatiguant, il faut mépriser, pardonné souvent et ne jamais oublier.
« Parmi la jeune verdure
Dégustons le vin ardent
L'herbe poussera longtemps
Sur tes cendres et sur les miennes. »
Omar Khayyâm
Toute femme, tout homme mérite d'être compris. Etre avocat, c'est passer de l'abstraction de cette évidence à la réalité, souvent dérangeante mais toujours passionnante, de la vérité des êtres.
Hervé Témine (1957-2023) « Secret défense »
La démocratie n'est pas simplement un récipient vide qui attendrait d'être rempli par une variété de points de vue. Elle est constituée d'un noyau de croyances morales qui lui sont propres et qui doivent être défendues contre ses nombreux ennemis – religieux ou laïques.
Eva Illouz « La crise israélienne est un avertissement pour la France et le monde » Tribune dans « Le Monde » du vendredi 14 avril 2023.
L'art d'écrire et le génie de ne rien faire.
« Je suis un révolté naturel » (Jean Gabin)
Si j'avais su qu'il était aussi agréable de vieillir, j'aurais commencé plus tôt.
Jean Chalon (jeudi 21 avril 2005) « Journal d'un rêveur professionnel »
L'aphorisme est pour moi une petite météorite existentielle.
Tôt dans sa vie, on repère en soi un noyau de rage, et si on a de la chance, on commence à fabriquer tout autour une callosité, une couche épaisse d'humanité qui l'isole et le tient à distance, parce qu'il est trop dangereux pour qu'on prenne le risque que la fureur s'échappe.
Craig Johnson « Le cœur de l'hiver »
J'ai une belle relation téléphonique avec elle.
Je suis composé d'eau. Personne ne peut s'en apercevoir, parce qu'elle est contenue à l'intérieur. Mes amis sont composés d'eau aussi. Tout autant qu'ils sont. Notre problème, c'est que nous devons non seulement circuler sans être absorbés par le sol, mais également gagner notre vie.
Philip K. Dick « Confessions d'un barjo »
Et pour finir ce mois de mai où tu fais ce qu'il te plaît, cette pensée de mon ami Louis Scutenaire qui va te faire méditer un peu : L'air n'est pas libre.
Jean Lenturlu
Journal de campagne d'avril 2023
En mai 1869, Jules Vallès est candidat aux élections législatives. Son programme :
« J'ai toujours été l'avocat des pauvres, je deviens le candidat du travail, je serai le député de la misère ! La misère ! Tant qu'il y aura un soldat, un bourreau, un prêtre, un gabelou, un rat-de-cave, un sergent de ville cru sur serment, un fonctionnaire irresponsable, un magistrat inamovible ; tant qu'il y aura tout cela à payer, peuple, tu seras misérable ! » (source Wikipédia : Jules Vallès)
Et dans le très vigoureux et cruel livre « L'enfant », Jules Vallès écrit : « J'ai remarqué, depuis, que beaucoup de paysans ont de ces figures-là, rusées, vieillottes, pointues ; ils ont du sang de théâtre ou de cour qui s'est égaré un soir de fête ou de comédie dans la grange ou l'auberge, ils sentent le cabotin, le ci-devant, le vieux noble, à travers les odeurs de l'étable à cochons et du fumier : ratatinés par leur origine, ils restent gringalets sous les grands soleils. »
Dans certaines librairies, je suis déjà un écrivain mort.
Dans son « journal secret noir » et plutôt pathétique, l'anarchiste de droite Léo Malet (qui lit « Minute ») écrit ces deux phrases en épitaphe de sa vie déjà défunte avec sa femme partie avant lui : « Je m'habillerai en même temps que je te couvrirai de marbre. Ainsi, nous deux, nous pourrons affronter l'hiver. »
- Qu'est-ce que tu veux foutre à Point Barrow ?
- C'est le bout. Après y'a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais bien y aller. M'assoir au bout, tout en haut du monde. J'imagine toujours que je laisserai pendre les jambes dans le vide... Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai. Je saurai bien que je ne peux pas aller plus loin parce que la Terre est finie.
- Et après ?
- Après je sauterai. Ou peut-être que je redescendrai pêcher.
Catherine Poulain « Le grand marin »
Le nouveau livre va naître demain (le mardi 4 avril dans la journée) et toutes ses bonnes fées seront présentes à l'imprimerie... Il sera certainement beau comme un jour qui se lève sur l'apocalypse.
Un lecteur devrait toujours connaître l'âge qu'avait l'auteur lorsqu'il a écrit le livre qu'il est en train de lire. Il serait peut-être plus indulgent. Les curiosités, les enjeux et les obstacles ne sont pas les mêmes à 25 ans et à 75 ans, c'est une évidence : aucun livre n'a été écrit à l'abri des contraintes matérielles, des chagrins d'amour ou des ennuis de santé du moment. Mais quel lecteur les connaît ? Et qui s'en préoccupe ?
Michel Pastoureau « Dernière visite chez le Roi Arthur »
Et pour finir ce mois de farce sociale, parlons d'amour avec cette pensée de mon amie Sarah Bernhardt : L'amour, c'est un coup d'œil, un coup de rein, et un coup d'éponge.
Jean Lenturlu
Journal de campagne de mars 2023
Je suis sûr qu'il n'y a qu'une chose que l'on ait raison de penser ou de dire en art : c'est mon prochain travail qui sera le meilleur.
René Allio « Carnets » (tome 4)
Cet extrait de poème d'Anna Akhmatova, allégorie rapide et injuste de l'amour :
« Vivent les roses, les scènes de ménage et les tasses ébréchées. »
Bientôt un nouveau livre : il est déjà loin de moi.
Chaque jour j'attache moins de prix à l'intelligence, chaque jour je me rends mieux compte que ce n'est qu'en dehors d'elle que l'écrivain peut ressaisir quelque chose de nos impressions, c'est-à-dire atteindre quelque chose de lui-même et la seule matière de l'art.
Marcel Proust « Contre Sainte-Beuve » (Préface)
Encore Anna Akhmatova : « Je n'ai que faire des odes, de leurs armées, du charme capricieux des élégies. Pour moi, tout dans les vers doit mal tomber, rien ne doit être comme il faut. »
Dans notre société capitaliste, il n'existe que deux sortes d'êtres humains : les nantis et les anéantis.
« Les bijoux doivent être sauvages. » a dit le peintre Amédo Modigliani.
Avant de mourir le 31 mai 2005 d'un cancer, Grisélidis Réal écrit ses dernières lettres à Jean-Luc Hennig, éditées plus tard par les éditions Verticales sous le titre « Les Sphynx ». Grande leçon de courage, d'impertinence et de poésie sauvage que je vous invite à découvrir...
Trois petits extraits :
« Je dois préparer la fameuse « lecture » à laquelle je suis conviée, il faut que ça soit flambant, percutant, scandaleusement insolite et barbare. Enfin, il ne faut rien ménager. Ni moi, ni les autres. » (lettre à Jean-Luc Hennig le 19 octobre 2004)
« Vous allez peut-être rester un peu surpris de ce que je vous écris ! Je suis surprise moi-même... On se découvre tous les jours, ici face à la Mort, sous d'autres visages et aspects de soi-même, c'est passionnant. »
(lettre à Jean-Luc Hennig le 8 mai 2005)
« Les trois dimensions sont : le corps, l'esprit et le rêve. »
(lettre à Jean-Luc Hennig le 17 mai 2005)
Je suis un chanteur municipal.
(à mettre d'urgence sur ma carte de visite avec mon numéro de téléphone)
J'aimerais écrire comme Stendhal à une femme indifférente que j'aime éperdument :
« Je vous défie de m'oublier »
Et pour finir ce mois, cette déclaration de mon ami Groucho Marx que je partage :
« Je ne ferai jamais partie d'un club qui m'accepterait comme membre. »
Jean Lenturlu
/image%2F0991112%2F20250401%2Fob_090229_portrait-jean-lenturlu-as-photo-he-l.jpg)