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Le blog de Jean Lenturlu
Articles récents

Journal de campagne de mars 2022

9 Mars 2022 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

C'est bientôt la semaine de la poésie et je tombe sur ce texte de Pierre Boulanger :

« Tout autant que le cinéma, la poésie est populaire ; si elle a plus de mystère, c'est qu'il lui faut un plus grand amour pour se livrer. Je pense qu'il est impossible de s'en servir pour faire du spectacle, mais qu'il faut se mettre totalement, absolument à son service. Il est alors étonnant de sentir avec quelle douceur, quelle tendre insistance la poésie nous enlève, non pas à la réalité, mais à la mesquinerie quotidienne, et avec quelle limpidité, elle nous rend les images simples et pures de nos plus belles espérances. Voilà pourquoi je suis marchand d'images. »

 

Mon rêve cauchemardesque : vivre avec une femme virile.

 

Je suis un trouble-amour.

 

Il paraît qu'elle a dit à sa fille M. : « Toi, tu es une princesse au milieu des manants ! Il faudra t'y faire. »

 

Les yeux de Monica Vitti. Elle vient de mourir à 90 ans ce 2 février 2022. Elle disait : « Je suis une mouette. »

 

La guerre est apparue dans notre horizon ce 24 février 2022 et notre égoïsme prend peur.

 

Sur le mur FB de T. cette phrase : « Je me fiche bien de ma beauté je la supporte depuis l'enfance »

 

J'aimerais être simplement un enregistreur et ne pas souffrir.

 

Fernando Pessoa : Dieu est l'Homme d'un autre dieu plus grand.

 

En lien avec cette guerre entre la Russie et l'Ukraine et ce que dit Poutine pour légitimer son agression militaire, cet extrait d'une chronique de George Orwell (A ma guise) :

« Ce qu'il y a de véritablement effrayant dans le totalitarisme, ce n'est pas qu'il commette des atrocités mais qu'il s'attaque au concept de « vérité objective ». Il prétend contrôler le passé aussi bien que l'avenir. »

 

Dans les carnets de René Allio (tome 3) il écrit le 16 juin 1986 :

« On n'est pas un artiste parce qu'on l'a d'abord choisi. On l'est comme on a une maladie, parce qu'il s'est fait un mélange de nos dons, de nos dispositions et de nos goûts avec quelque chose de plus profond qui est une sorte de mal de vivre et que le travail artistique canalise, colmate, accomplit en même temps qu'il le dévie et d'une pulsion mortelle fait une force de vie. Et puis on le choisit, après, on ordonne et on rationalise s'il se peut, on s'efforce de le maîtriser. Mais c'est comme un amour qui vous dévore, dont on sait qu'il vous détruira peut-être et qu'en même temps on défend à tout prix. »

 

Assurément, je suis un fils de joie.

 

Et pour finir ce mois de mars en beauté spéciale, une note de mon ami Louis Scutenaire :

Charles du Chasseur, ayant conduit sa fiancée au milieu de riches campagnes, lui dit : « Tout ce que vous voyez d'ici en fermant les yeux m'appartient. »

 

Jean Lenturlu

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Journal de campagne de février 2022

31 Janvier 2022 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

Lorsque j'ai publié mon premier livre il y a quatorze ans, je pensais que toutes les machines rotatives allaient s'arrêter de tourner, que la grande instance distributrice dirait : « Celui-là, nous allons lui donner sur-le-champ une fortune », une belle somme avec laquelle je me serai acheté un palais. J'attendais de l'écrit son poids d'or. Je me suis trompé. Je ne savais pas que la littérature est fille de la démocratie, au sens où c'est la loi du plus grand nombre qui prévaut, la tyrannie de la majorité. Je pensais que la littérature était l'un des derniers domaines hiérarchisés où la valeur faisait sens et triait. Eh bien, la valeur a fait sens, et elle a trié : je suis presque aussi pauvre qu'avant d'avoir écrit.

Pierre Michon « Le roi vient quand il veut »

 

  • Te souviens-tu demanda Winston, de cette grive qui a chanté pour nous, le premier jour, à l'orée du bois ?

  • Elle ne chantait pas pour nous, répondit Julia. Elle chantait pour son plaisir. Même pas : elle chantait, tout simplement.

George Orwell « 1984 »

 

Aime-t-elle l'homme qu'elle déteste ou déteste-t-elle l'homme qu'elle aime ?

 

Question existentielle

Quand un pompier meurt, est-ce qu'on peut dire qu'il s'éteint de lui-même ?

 

Au téléphone

Lui : Tu ne dis rien ?

Elle : Non je t'écoute dire rien.

 

Ce monsieur qui me dit, un peu inquiet : « J'ai l'impression que vous êtes célèbre mais je ne vous connais pas. »

 

  • cinéma : il faut travailler le temps, c'est lui qui fera l'espace.

  • théâtre : il faut concevoir l'espace, c'est lui qui donnera le temps.

René Allio « Carnets tome 3 » (23 mai 1986)

 

A mettre sur la tombe de tous les nazillons, racistes et nationalistes, cette phrase de leur ami L. F. Céline (Mort à crédit) :

« Ils sont repartis loin, très loin dans l'oubli, se chercher une âme. »

 

Il est très utile de s'en rappeler pour briller en société :

« Seuls six atomes ont suffi pour fabriquer toutes les molécules nécessaires à la vie sur terre : le carbone, l'hydrogène, l'azote, l'oxygène, le phosphore et le souffre. »

Christophe Galfard « L'Univers à portée de main »

 

 

Ce vieux conférencier qui commençait toujours son exposé en disant : l'Homme, malgré une intelligence hors du commun, est un crétin fini et je suis bien placé pour vous en convaincre.

 

Et pour finir ce mois en beauté, cette pensée de mon amie Natalie Clifford Barney :

« Ce féminin regret de n'être pas davantage femme. »

 

Jean Lenturlu

 

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Journal de campagne de Janvier 2022

4 Janvier 2022 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

Je cherche une instructrice en survie primitive pour mourir dans ses bras.

 

Le masque du à la pandémie (le mégalovirus) que nous sommes obligés de porter en public ampute une partie de nos visages, que nous sommes contraints d'imaginer (de fantasmer ?) et quelques fois l'horrible réalité dépasse notre fiction...

 

Dans les librairies, je fais du stop littéraire.

 

Le beau style :

Elle : Tu vas chez le coiffeur pour me déplaire.

 

La liberté d'un quark est un concept très étrange : elle n'existe que lorsqu'il est en groupe.

Christophe Galfard « L'Univers à portée de main »

 

« N'oublions rien. Surtout les poèmes que nous savons par cœur. Et qui s'oublient sans cesse. » André Marcowicz (sur son mur Facebook ce 1er janvier 2022)

 

Ce que je veux faire, je l'ai plus souvent réalisé dans mes rêves que dans mes films. Mais il est encore temps.

René Allio « Les Carnets » tome 3

 

L'acte essentiel de la guerre est la destruction, pas nécessairement de vies humaines, mais du produit du travail humain (…) Même quand les armes ne sont pas détruites du fait de la guerre, le simple fait d'en fabriquer est un moyen commode d'utiliser la force de travail sans produire le moindre objet utile à la population.

George Orwell « Mille neuf cent quatre-vingt-quatre »

 

Par l'intermédiaire du libraire Michel à Lucioles (Vienne), j'ai re-découvert Natalie Clifford Barney dont j'avais déjà un petit livre édité par Le Mercure de France et je suis reparti de Vienne avec « Nouvelles Pensées de l'Amazone » (éditions Ivrea) qui date de 1996. C'est Rémy de Gourmont qui l'avait surnommé « L'Amazone » et je vous invite à découvrir sa vie libre et tumultueuse (1876-1972). Elle a écrit de magnifiques pensées. Je vous offre ce petit florilège qui sent bon la nouvelle année :

 

L'amour est le seul communisme auquel je crois.

 

Vivre : se frayer un chemin à travers son propre infini.

 

Etre masochiste c'est être plus attentif à son malheur qu'à son bonheur.

 

Donner c'est souvent se débarrasser.

 

Ouvrir sa fenêtre

Se jeter à l'eau

Se lever trop tôt

Ou simplement naître

Pour des gens frileux

Sont gestes affreux.

 

Jean Lenturlu

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Journal de campagne de décembre 2021

7 Décembre 2021 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

Le théâtre m'excite et fait grimper ma fièvre. Pourtant, entendons-nous : je l'aime surtout avant que le public ne soit admis dans la salle, avant la première. Quand les comédiens évoluent encore sur une scène encombrée de fantasmes et qu'ils doivent conquérir de haute lutte leur opacité. Lorsque les passions s'entrechoquent et s'exaspèrent. Avant la pétrification et le triomphe de l'ordre sur le chaos.

Roland Topor « La vocation théâtrale de Roland Topor »

 

Le collier digital comme muselière.

 

  • Ecoute : plus tu as eu d'amants, plus je t'aime. Tu comprends ?

  • Oui, parfaitement.

  • Je hais la pureté, je hais le bien ! Je veux que la vertu n'existe nulle part. Je veux que tout le monde soit corrompu jusqu'à l'os.

  • Dans ce cas, je devrai te plaire. Je suis corrompue jusqu'à l'os.

  • Est-ce que ça te plaît de faire ça ? Je veux dire, pas seulement avec moi, mais la chose en elle-même ?

  • J'adore ça.

George Orwell « Mille neuf cent quatre -vingt-quatre » (traduction de Celia Izoard pour les éditions Agone)

 

Ils exhibent leurs vieux comme des trophées, dans ce vernissage, comme si c'était une qualité de ne pas mourir jeune...

 

A Romans, à la librairie des Cordeliers, cette jeune femme qui prend en photo la couverture d'un de mes livres en me disant : « Monsieur ne sait jamais quoi m'offrir. »

 

Je préfère le malheur au bonheur car il dure plus longtemps.

 

Il y a d'un côté ce qu'il est possible d'écrire et de l'autre ce qu'il n'est plus possible d'écrire : ce qui est dans la pratique de l'écrivain et ce qui en est sorti : quels textes accepterais-je d'écrire (de ré-écrire), de désirer, d'avancer comme une force dans ce monde qui est le mien ?

Roland Barthes « S/Z »

 

Tout le monde peut faire de la photographie, et tout le monde croit pouvoir en faire.

Bernard Plossu

 

Toute opération cérébrale n'a pour éléments que les courants qui cheminent dans les fibres et les danses qui s'exécutent dans les cellules... Cette écorce cérébrale ressemble à une imprimerie où l'atelier actif, éclairé, est entouré de vastes magasins obscurs et immobiles... dans l'atelier, le travail est double : sous l'impulsion du dehors, il compose inlassablement des mots qu'il envoie dans les magasins où ils se transcrivent en clichés fixes ; d'autre part, les magasins lui envoient incessamment des clichés fixes qu'il transcrit en lettres mobiles.

Taine « De l'intelligence » (1870) via « Le sens de la mémoire » de Jean-Yves et Marc Tadié

 

Et pour finir ce mois et cette année 2021, un petit cadeau de mon ami Alexandre Romanès :

Courir dans les champs

sentir le vent

ce n'était pas assez.

Comme tous ceux

qui n'ont rien dans la tête,

moi aussi j'ai cru

qu'il fallait faire des choses.

 

Jean Lenturlu

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Journal de campagne de novembre 2021

2 Novembre 2021 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

Le bonheur sonne à la porte mais je ne vais pas ouvrir.

 

Dans l'archipel de Svalbard, la loi interdit à ses habitants et aux touristes de mourir.

 

Elle me dit : « Les hommes sont cons, les autres sont malhonnêtes et les femmes sont folles. »

 

Il y a des pères qui ressemblent à des malheurs.

Fiodor Dostoïevski « Les frères Karamazov »

 

Comment érotiser l'égalité ?

 

Style : tout ce qui n'est pas de la technique.

Robert Bresson « Notes sur le cinématographe »

 

De la fausse monnaie circule dans l'usage courant des mots.

Alain Deneault

 

Entrée dans la vie athénienne par l'effet d'une décision officielle, s'insérant dans toute une politique d'expansion populaire, la tragédie apparaît liée, dés ses débuts, à l'activité civique. Et ce lien ne pouvait que se resserrer lorsque le peuple ainsi réuni au théâtre, fut devenu l'arbitre de ses propres destinées. Il explique que le genre tragique soit lié à l'épanouissement politique. Et il explique la place qu'occupent, dans les tragédies grecques, les grands problèmes nationaux de la guerre et de la paix, de la justice et du civisme. Par l'importance qu'ils leur accordent, les grands poètes se situent bien, ici encore, dans le prolongement de l'impulsion première.

Jacqueline de Romilly « La tragédie grecque »

 

La virtuosité n'a de sens que si elle est généreuse.

Christophe Chassol

 

  • Ne vois-tu pas que tout l'objet de la novlangue est de restreindre le champ de la pensée ? A la fin, nous aurons rendu le crime de pensée littéralement impossible, faute de mots pour l'exprimer. Tout concept dont on peut avoir besoin sera exprimé par un seul et unique mot dont le sens sera rigoureusement défini. Tous les sens dérivés seront effacés et oubliés.

George Orwell « 1984 »

 

Et pour finir ce mois des morts, cette pensée de mon ami Nikolaï Erdman (via André Markovicz) :

« Aujourd'hui, ce qu'un vivant peut penser, seul un mort peut le dire. »

 

Jean Lenturlu

 

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Journal de campagne d'octobre 2021

5 Octobre 2021 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

C'est mon cœur pas grand chose

Ramassez-le donc

Guillaume Apollinaire « Poèmes à Lou » (Les attentives)

 

Gabin me fascinait. Il n'y avait pas de différence entre lui et les personnages qu'il interprétait. Dans un bistrot de Deauville, un soir, je lui parlais de l'instabilité du métier d'acteur. A sa façon, il me balance une de ses phrases qu'Audiard a su retenir : « Regarde ta fiole, quand t'auras les pailles blanches, tu plairas encore aux gonzesses. Te magne pas la devanture et laisse couler l'Orénoque. »

Jean-Paul Belmondo (Hommage à JP B. après sa mort) Paris Match Jeudi 9 septembre 2021

 

Ce matin, au marché de Billom, François-Noël Martin qui invente le concept de « blague cervicale » en opposition aux vannes en dessous de la ceinture...

 

Mère UBU : Eh ! Nos invités sont bien en retard.

Père UBU : Oui, de par ma chandelle verte. Je crève de faim. Mère UBU, tu es bien laide aujourd'hui. Est-ce parce que nous avons du monde ?

Mère UBU, haussant les épaules : Merdre.

Alfred Jarry « UBU roi »

 

A Tournon sur Rhône, devant la librairie « Au détour des mots », une dame, après avoir écouté les explications sur ma démarche artistique, qui me dit : « Vous pratiquez l'économie solitaire ».

 

Voir deux érudits parlant ensemble d'un livre qu'ils n'ont pas lu est fascinant.

 

Je suis un intellectuel instinctif.

 

A Nevers, devant le bar, ce vendredi 1er octobre, à la fermeture, le patron un peu ivre qui nous étreint, Wilfrid et moi, en nous disant : « J'aime bien les enculés de l'amour. »

 

Deux inégalités sociales :

  • inégalité de patrimoine

  • inégalité de capital culturel

 

Un peuple n'est pas simplement une entité politique, comme on l'espérait autrefois. Les partis, les campagnes électorales organisées et les dirigeants sont la réalité, sinon la promesse des régimes électoraux (…). Les élections sont des rites, pour la fonction et pour la forme, et le choix des rôles est fort limité. C'est pourquoi les prétextes utilisés sont standardisés, et les conventions par lesquelles ils s'expriment sont tout aussi prévisibles. En général, les votants n'attendent pas grand-chose, et leur tolérance pour les excentricités et les écarts par rapport au scénario est faible.

Judith Nisse Shklar «  Let Us Not Be Hypocritical » traduit en exergue d'un chapitre de « L'invention de la politique » de Moses I. Finley

 

Ecrire c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait si on écrivait, d'après Marguerite Duras, qui passe de l'infinitif au conditionnel puis à l'irréel, comme si elle sentait le sol se dérober sous ses pieds.

Irène Vallejo « L'Infini dans un roseau » (L'invention des livres dans l'Antiquité)

 

Et pour finir ce mois d'automne, cette pensée de mon ami Achille Chavée :

Aujourd'hui je suis étrangement calme comme si la beauté n'existait pas.

 

 

Jean Lenturlu

 

 

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Journal de campagne de septembre 2021

7 Septembre 2021 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

La stupeur des bouches ouvertes et le sourire masqué.

 

J'ai peur de dépérir avant de mourir.

 

Je suis le voyant de la nuit.

Je suis le penseur du non-être et sa splendeur.

Je suis le père de la mort.

René Daumal

 

Dans « Impasse Verlaine » Dalie Farah écrit page 100 : « J'ai l'odorat esthète et la joie tenace. Je me dis pourtant que les fées sont souvent ivres et les anges dépressifs. »

 

Dans le documentaire « Gorbatchev, en aparté » de Mikhaïl Mansky réalisé en 2020, nous voyons un vieil homme qui mange, qui se déplace en déambulateur, qui se souvient de ce qu'il a été, un homme politique puissant et qui dit : « Le temps ne coule pas goutte à goutte mais à flots. »

 

« La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement. » Rosa Luxembourg

 

En littérature, on est encerclé de flaubertiens.

 

Fureur du Prince

Murmures du peuple.

 

Dans le très beau livre de Mathieu Lindon « Ce qu'aimer veut dire » cet extrait :

L'amour qu'un père fait peser sur son fils, le fils doit attendre que quelqu'un ait le pouvoir de le lui montrer autrement pour qu'il puisse enfin saisir en quoi il consistait. Il faut du temps pour comprendre ce qu'aimer veut dire.

 

Ce samedi 28 août 2021 devant la librairie du Théâtre à Bourg-en-Bresse, cette vieille dame qui me demande : « Vous ne vendez pas des chaînes qu'on met au cou ? »

 

Dans un vieil interview sur France Culture, Jean Ferrat qui dit : « Certains jours, je chante comme un chanteur. »

 

Le visage humain ne ment jamais : c'est l'unique carte qui enregistre tous les territoires que nous avons habités.

Luis Sépulvéda « Journal d'un tueur sentimental »

 

Nous, les humains, vivons entre plus de 6 000 kilomètres de roches et environ 1 000 kilomètres d'air. Nos corps sont plus denses que l'air. Nous ne nous envolons pas. Nos corps sont moins denses que le sol. Nous ne nous y enfonçons pas.

Christophe Galfard « L'Univers à portée de main »

 

Et pour finir ce mois de rentrée scolaire, cette pensée de « Mathématiques appliquées...ou presque » de mon amie Chris Saulnier : « On ne dira jamais assez combien certains ensembles de lignes courbes peuvent briser les coeurs ».

Jean Lenturlu

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Journal de campagne du mois d'août 2021

2 Août 2021 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

Dans une des chroniques « A ma guise » de George Orwell (celle du 16 février 1945), cet extrait :

Lorsqu'on a demandé à un sage japonais « Quel est le plus avisé des animaux ? » il a répondu : « Celui que l'homme n'a pas encore découvert ».

 

Un autre extrait de chronique « La boîte à images », celle de Sorj Chalandon, dans le Canard Enchaîné du 7 juillet 2021 à propos du documentaire « Le rendez-vous » sur France 3 :

Beaucoup de corps ont été brisé par le travail. Et, lorsque le virus s'est invité au milieu de ce très beau film, il n'est plus resté que les yeux pour dire la détresse. Les masques ont recouvert les sourires, les lèvres closes, la stupeur des bouches ouvertes.

 

De quoi sont faites tant de petites merveilles ! Des vocables les plus simples, mais sentant le terroir, et qui, par leur emploi remarquable, leur valeur allusive, leurs arrangements exquis, prennent une sorte de rareté, pareils à ces liqueurs qui vieillissent délicieusement ou à ces sirops que la patience du temps bonifie derrière le noyer des armoires.

Raymond Gourdon « Introduction aux fables de Jean de La Fontaine (édition Nouvelle librairie de France 1958)

 

Il faut que je lui interdise de me pardonner.

 

Camille : Vite, Danton, nous n'avons pas de temps à perdre !

Danton : C'est plutôt le temps qui nous perd...

Georg Büchner « La mort de Danton »

 

C'est Christophe Colomb qui est parti et c'est moi qui suis revenu.

Edouard Glissant

 

Dans son recueil de pensées « Juste qu'on peut vivre » aux éditions Gros Textes, Cyril C. Sansot a cette belle définition de l'aphorisme :

pensée en jupe courte.

 

Relire Simone Weil comme cet extrait au début de son ouvrage « Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale » : La période présente est de celles où tout ce qui semble normalement constituer une raison de vivre s'évanouit, où l'on doit, sous peine de sombrer dans le désarroi ou l'inconscience, tout remettre en question.

 

Pourquoi s'arrêter sur une goutte d'eau ? Regardons l'océan !

Louise Michel « Mémoires »

 

Au pays de la mort

aurais-je des remords ?

 

J'ai déjà la nostalgie de ce que je suis.

 

Trouvé par hasard à la Tour des livres de Billom il y a quelques semaines, un ouvrage de pensées de Ramon Gomez de la Serna qui s'appellent en espagnol « Greguerias » dont celle-ci  : Le pire, chez les médecins, c'est qu'ils nous regardent comme si vous étiez quelqu'un d'autre.

 

Et pour finir ce mois propre aux congés payées, cette pensée de Manuel Daull :

J'aime bien, remplacer le verbe traverser, par celui de déchirer, quand il s'agit de parler de la nuit qui est la mienne.

Jean Lenturlu

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Journal de campagne de juillet 2021

1 Juillet 2021 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

Il y a tant de raisons d'écrire, outre celle de publier. Par exemple exalter la conscience, l'attention ; tracer un chemin ; son chemin ; détruire ; croître. Et tout se ramène à une certaine forme de vie, qui est l'œuvre par excellence, et dont, peut-être, la chose écrite se détacherait plus naturellement et moins perceptiblement s'il était admis qu'en effet la vie soit l'œuvre. Cette opinion est d'ailleurs démodée, tout athénienne qu'elle soit.

Catherine Pozzi (Lettre à Jean Paulhan le 10 juin 1931)

 

Dans la nuit du 16 au 17 juin, à LP, la petite M. vient me voir parce qu'elle a fait un cauchemar. Elle me demande : « Comment on fait pour faire des rêves ? »

 

Ce qui nous arrive possède une telle avance que nous ne pouvons jamais le rejoindre et connaître sa véritable apparence.

Rainer Maria Rilke (trouvé dans le livre de Sophie Calle « Des histoires vraies »)

 

À la librairie « Le bateau Livre » à Cournon, cette dame qui me demande en regardant mes livres : «  Ce sont des livres pour les éléphants ? » Rire général ! Le titre de mon dernier livre a dû l'influencer et à cause de leurs couvertures colorées, beaucoup de lecteurs croient au premier abord que mes livres sont à destination de la jeunesse..

 

Dans la page « Carnet » du Monde du vendredi 25 juin 2021, ce texte sur le sommeil en exergue du faire part annonçant le décès du philosophe Robert Dumas qu'il a écrit dans un de ses ouvrages (du moins je le présume) :

« Le sommeil ne vient pas du dehors comme l'ombre d'une pièce. On s'endort par une décision que le corps ratifie. Dormir, c'est alors se retirer de ses actes pour se reposer dans l'âtre. Il n'y a pas d'épanouissement sans passer par le sommeil. Ainsi la nuit finit par me vaincre et chaque matin brille comme une promesse. »

 

Je réécoute en ce moment « l'Abécédaire » de Gilles Deleuze et j'en extrais ceci :

« Le vrai charme des gens, c'est le côté où ils perdent les pédales, c'est le côté où ils ne savent plus bien où ils en sont. Cela ne veut pas dire qu'ils s'écroulent, au contraire, c'est des gens qui ne s'écroulent pas mais si tu saisis pas la petite racine ou le petit grain de la folie chez quelqu'un, tu peux pas l'aimer. »

 

Je lis (entre autres livres) « Terre d'ébène » d'Albert Londres qui est un saisissant (et effrayant) reportage sur les colonies françaises en Afrique dans les années 1920 et j'extrais ce témoignage d'un chef de chantier des coupeurs de bois des forêts de la Côte d'Ivoire :

J'ai toujours la trique à la main. On ne connaît pas deux façons de travailler ici. C'est dommage. Mais je les soigne. Je ne les vole pas sur leurs rations. Ils savent que je suis juste si je suis dur. Pas un ne m'en veut. Ils sont même rares ceux de chez moi qui ne finissent pas leur contrat. Je suis celui qui fait le moins de morts dans la région. Que voulez-vous, pénible à dire, mais la machine ne peut remplacer le nègre. Il faudrait être millionnaire. Le moteur à bananes, il n'y a rien de mieux. D'ailleurs, seul le nègre peut marcher dans le poto-poto.

Ce jeune homme était logique. Lui, était venu en Afrique pour faire du bois avec les moyens en vigueur. Il ne dépassait pas le règlement.

 

Et pour finir ce mois de juillet cette définition de mon ami Ambrose Bierce trouvée dans « Le Dictionnaire du Diable » :

Imagination : Entrepôt d'idées, dont le poète et le menteur sont copropriétaires.

 

Jean Lenturlu

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Journal de campagne du mois de juin

2 Juin 2021 , Rédigé par Jean Lenturlu Publié dans #Journal de Campagne

 

À force d'entendre parler de moi, je meurs d'envie de me connaître.

Roland Topor « Journal in Time »

 

Pas de pauvres chez les Noirs. Ils pratiquent le vrai communisme. L'homme qui refuserait le couscous serait déshonoré. Aucun n'est jamais tombé d'inanition. Quand ils meurent de faim, c'est en masse, tous en chœur et dans une même famine. Pour eux, l'argent est sans valeur. Le mot économie est inconnu de leurs dialectes.

Albert Londres « Terre d'ébène »

 

À la Renaissance, pour rendre leur regard plus captivant, des femmes dilataient leurs pupilles en y instillant des gouttes à base de Belladone.

 

Le courage est souvent une solitude.

 

À 8h30, je me suis retrouvé dans une gare de grande banlieue. J'ai acheté ce dont j'avais besoin au kiosque à journaux. J'ai rédigé une déposition. Je l'ai empaquetée avec le Beretta. J'ai déposé le paquet à la consigne et j'ai posté le ticket dans une enveloppe adressée à moi-même. S'adresser des lettres à soi-même est un symptôme courant chez les schizophrènes et les détectives privés.

Jean-Patrick Manchette « Griffu » (BD avec au dessin Jacques Tardi)

 

 

Endormis et trahis

Ils refusaient à peine de voir

La nuit tomba plus lourde

Sur l'erreur de ce monde

Sans espoir sans désir

 

Il faut tendre la main

Comme cela fut fait déjà

Et savoir savoir cette fois

Si c'est pour mendier

Pour aimer pour tuer

 

Poème de Georges Hugnet dans la plaquette « Non vouloir »

avec des dessins de Pablo Picasso (avril 1941)

 

Et pour finir ce mois de juin, cet extrait du journal des frères Goncourt daté du jeudi 28 juin 1894 (c'est Edmond qui écrit car Jules est mort depuis le 20 juin 1870) :

Vraiment, il me semble que la femme a une peau d'été, qui a la lumière veloutée de la fleur, au moment où le rose met son rose tendre dans la verdure. Et cette remarque, ne l'avez-vous pas faite à Paris, par les beaux jours de juin, et ne trouvez-vous pas que, ces jours-là, le visage de la Parisienne éclaire l'ombre des rues ?

 

Jean Lenturlu

 

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